Face aux difficultés persistantes d’alignement des systèmes éducatifs ouest-africains avec les besoins du marché du travail régional, le Burkina Faso et le Ghana envisagent une coopération ciblée autour de la mobilité des enseignants. En toile de fond : la pénurie d’enseignants qualifiés et l’enjeu stratégique du bilinguisme.
Le 14 janvier, lors d’une visite de courtoisie au ministre ghanéen de l’Éducation, Haruna Iddrisu, l’ambassadeur du Burkina Faso au Ghana, David Kabré, a engagé des discussions portant sur la mise en place d’un programme bilatéral d’échange d’enseignants. L’initiative vise à renforcer la coopération éducative entre les deux pays, dans un contexte d’intégration régionale accrue.
Un échange croisé entre enseignants d’anglais et de français
Au cœur des échanges figure un mécanisme de mobilité enseignante reposant sur un principe de réciprocité. Des enseignants ghanéens spécialisés en anglais pourraient être déployés au Burkina Faso, tandis que des enseignants burkinabè de français seraient accueillis au Ghana.
Selon l’ambassadeur burkinabè, ce dispositif permettrait de renforcer l’enseignement de l’anglais au Burkina Faso, tout en offrant aux enseignants burkinabè des opportunités de perfectionnement professionnel au Ghana. Il contribuerait également à consolider les liens éducatifs, culturels et linguistiques entre les deux pays.
De son côté, le ministre ghanéen de l’Éducation a indiqué que ces propositions avaient été favorablement accueillies. Il a annoncé son intention de formaliser un programme d’échange de personnel éducatif, afin de répondre aux besoins linguistiques identifiés de part et d’autre.
L’anglais, une priorité stratégique pour le Burkina Faso
Pour le Burkina Faso, l’enseignement de l’anglais constitue un levier stratégique d’ouverture vers les marchés internationaux et d’intégration dans une économie mondialisée. En septembre 2025, les autorités burkinabè ont annoncé la généralisation de l’enseignement de l’anglais dans toutes les classes du primaire, après une phase pilote menée dans 824 écoles.
Le ministère de l’Éducation nationale reconnaît toutefois un déficit d’enseignants qualifiés et des défis liés à l’adaptation des contenus pédagogiques, rendant la coopération régionale particulièrement opportune.
Le français, un enjeu économique pour le Ghana
Du côté du Ghana, le renforcement de l’enseignement du français demeure un enjeu stratégique. Bien que la langue soit intégrée aux programmes scolaires, seulement 3 % de la population ghanéenne la maîtrise, selon les données officielles.
En avril 2025, le pays a réaffirmé son engagement en faveur de la Francophonie, notamment à travers la participation à des initiatives de promotion du français. Pour Mildred Frimpong, directrice générale de Ghonline, organisation spécialisée dans la promotion de l’enseignement du français, « renforcer l’apprentissage du français au Ghana permettrait aux jeunes d’accéder à de meilleures perspectives professionnelles dans une sous-région majoritairement francophone ».
Vers une coopération éducative régionale renforcée
Au-delà des enjeux linguistiques, ce projet de mobilité enseignante s’inscrit dans une logique plus large de renforcement du capital humain en Afrique de l’Ouest. En favorisant la circulation des compétences éducatives, le Burkina Faso et le Ghana entendent répondre à leurs besoins respectifs tout en contribuant à l’harmonisation progressive des systèmes éducatifs régionaux.
Si le programme venait à être formalisé, il pourrait servir de modèle à d’autres pays de la sous-région confrontés à des défis similaires en matière d’éducation, d’employabilité et d’intégration régionale.







