Burkina Faso : une croissance de 5,3 % en 2025 portée par l’agriculture et les services, selon la Banque mondiale
L’économie burkinabè a fait preuve de résilience en 2025, malgré un contexte sécuritaire toujours fragile. Selon la Note sur la situation économique du Burkina Faso de juin 2026 publiée par la Banque mondiale, le pays a enregistré une croissance du PIB réel de 5,3 %, contre 4,8 % en 2024. La croissance du PIB réel par habitant s’est également améliorée, passant de 2,5 % à 3 % sur la même période.
Si ces performances traduisent une dynamique positive, la Banque mondiale estime qu’elles ne pourront se traduire durablement en amélioration du niveau de vie qu’à condition d’engager des réformes structurelles ambitieuses, notamment en matière d’emploi et d’inclusion économique.
Une croissance soutenue par plusieurs moteurs sectoriels
L’amélioration de la performance économique en 2025 repose sur plusieurs piliers.
Le secteur agricole a bénéficié de conditions climatiques favorables et de la mise en œuvre de l’Offensive agropastorale et halieutique du gouvernement. Cette dynamique a contribué à renforcer la production vivrière et à soutenir les revenus ruraux.
Le secteur des services a également progressé, porté par une amélioration progressive de la situation sécuritaire dans certaines zones économiques clés.
Enfin, le secteur minier a connu une évolution positive, soutenue par :
- la formalisation de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée ;
- l’entrée en vigueur du nouveau Code minier ;
- une meilleure structuration des circuits de production.
Une inflation négative et une baisse de la pauvreté
L’année 2025 est également marquée par une amélioration notable des indicateurs macroéconomiques et sociaux.
L’inflation est devenue négative, à -0,5 % contre 4,2 % en 2024, principalement en raison de la baisse des prix de l’énergie et d’une production agricole abondante ayant entraîné un recul des prix alimentaires.
Sur le plan social, la pauvreté extrême a reculé de 5 points de pourcentage, enregistrant la baisse la plus importante depuis la pandémie de COVID-19.
Cependant, la Banque mondiale souligne que des défis structurels persistent, notamment :
- la prédominance de l’emploi informel ;
- la vulnérabilité des populations exposées à l’insécurité ;
- les difficultés d’accès à des emplois productifs.
Un appel à transformer la croissance en emplois durables
Pour Hamoud Abdel Wedoud Kamil, Représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, le pays a démontré une « résilience macroéconomique remarquable ».
Il estime toutefois que la consolidation des acquis dépendra de réformes clés, notamment :
- le renforcement de la viabilité budgétaire ;
- l’amélioration de l’environnement des affaires ;
- l’investissement dans des moteurs de croissance inclusifs et productifs.
Des réformes budgétaires déjà engagées mais à approfondir
Le rapport souligne une avancée importante sur le plan budgétaire, avec un déficit réduit de 5,8 % du PIB en 2024 à 1,8 % en 2025.
Pour renforcer cet effort, la Banque mondiale recommande :
- la généralisation des paiements électroniques des entreprises ;
- l’interconnexion des bases de données fiscales ;
- l’amélioration de la gestion financière des investissements publics.
À moyen terme, l’institution préconise également :
- la simplification des procédures fiscales pour les microentreprises ;
- le renforcement de la fiscalité locale via des registres fonciers numériques ;
- une meilleure gestion des risques liés aux fluctuations des prix de l’or et du pétrole.
Emploi urbain et inclusion des jeunes : un défi majeur
Avec une population jeune et une urbanisation rapide, le Burkina Faso fait face à une forte pression sur le marché du travail, notamment dans les centres urbains.
La Banque mondiale recommande plusieurs mesures pour répondre à cette demande croissante :
- l’aménagement de zones industrielles viabilisées ;
- la mise en place de programmes de travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre ;
- le développement de plateformes numériques d’intermédiation pour l’emploi.
Ces mesures visent également à faciliter l’insertion économique des personnes déplacées internes, dont le nombre croissant constitue un enjeu de stabilité sociale.
Les femmes, levier encore sous-exploité de croissance
Le chapitre spécial du rapport met en lumière les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes dans l’économie burkinabè.
Malgré les progrès en matière de scolarisation des filles, les femmes restent confrontées à plusieurs contraintes :
- un taux d’emploi inférieur à celui des hommes (63,4 % contre 76 %) ;
- une forte concentration dans les emplois informels et vulnérables ;
- un accès limité à la terre, au financement et aux intrants agricoles.
La Banque mondiale estime que la réduction des écarts de genre constitue non seulement une question d’équité, mais aussi un levier majeur de croissance économique.
Des recommandations pour une croissance plus inclusive
Pour lever ces contraintes, le rapport propose plusieurs pistes :
- élargir l’accès des femmes à l’éducation et à la formation professionnelle ;
- améliorer l’accès aux services financiers et aux facteurs de production ;
- renforcer les droits fonciers ;
- réduire les barrières sociales et les inégalités de genre.
Transformer la résilience en développement durable
En conclusion, la Banque mondiale estime que le Burkina Faso dispose d’une base macroéconomique solide, mais que la transformation de cette dynamique en progrès durable dépendra de la capacité du pays à accélérer les réformes structurelles.
L’enjeu central reste la création d’emplois productifs, l’amélioration de l’inclusion économique et la réduction des vulnérabilités, afin que la croissance profite effectivement à l’ensemble de la population.







