Quinze ans après son implantation en Côte d’Ivoire, Baobab affiche ses ambitions à l’échelle continentale. Avec un encours de crédits de 209 milliards FCFA à fin 2025, l’institution de microfinance entend devenir la première d’Afrique en 2027, avant de figurer parmi les cinq premières institutions financières du continent à l’horizon 2035.
Ces objectifs ont été présentés le vendredi 23 octobre 2026 à Abidjan, lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion des quinze années d’activité de Baobab Côte d’Ivoire. La direction y a exposé les performances de l’établissement, sa position sur le marché régional et ses perspectives de croissance.
Des résultats financiers en progression
À fin décembre 2025, Baobab Côte d’Ivoire affichait un encours de crédits de 209 milliards FCFA, soit environ 356,3 millions de dollars, un portefeuille d’épargne de 103 milliards FCFA et des fonds propres de 37 milliards FCFA. Son bénéfice net s’établissait à 10,7 milliards FCFA, contre environ 8 milliards FCFA en 2023.
La dynamique s’est poursuivie en 2026. Sur les huit premiers mois de l’année, le résultat net atteignait déjà 8,9 milliards FCFA.
La clientèle a également progressé, passant de 324 000 clients à fin 2025 à près de 350 000 à fin août 2026. Dans le même temps, les effectifs ont dépassé le millier de collaborateurs, contre 929 à la clôture de l’exercice précédent.
Ces indicateurs constituent la base des ambitions annoncées par la direction, qui entend renforcer la présence de l’institution sur le marché africain du financement.
Baobab Côte d’Ivoire en tête de la microfinance régionale
Selon les chiffres présentés par l’établissement, Baobab Côte d’Ivoire représente 28 % des encours de crédits du secteur ivoirien de la microfinance, 20 % du total de bilan et 11 % de l’épargne. À l’échelle de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), ses parts de marché atteignent respectivement 8 %, 5 % et 4 %.
L’institution se classe ainsi au premier rang des établissements de microfinance de l’Union en matière de total de bilan, devant Baobab Sénégal, d’après les comparaisons présentées lors de la conférence. La direction revendique également la première place en matière de rentabilité, sur la base des dernières données institutionnelles comparables de la BCEAO, datant de 2023.
Cette position s’inscrit dans un marché régional où la Côte d’Ivoire occupe une place croissante. Selon les données de la Banque centrale citées par Baobab, le pays représente 26 % du total des actifs de la microfinance dans l’UMOA. Il concentre également 30 % des encours de crédits et 32 % de l’épargne de la zone.
La maîtrise du risque au cœur de la stratégie
Pour Ruben Dieudonné, directeur général de Baobab Côte d’Ivoire, la croissance ne suffit pas à mesurer les performances d’une institution financière. La qualité du portefeuille de crédits constitue également un indicateur essentiel.
À fin 2025, le portefeuille à risque à 90 jours (PAR90) de l’établissement s’élevait à 1,3 %, avant de passer à 2,2 % à fin août 2026. Malgré cette hausse, le ratio reste inférieur au seuil de référence de 3 % mentionné par la direction au regard des normes applicables aux systèmes financiers décentralisés.
Cette maîtrise du risque constitue un enjeu important pour l’institution, qui a traversé une période de difficultés en 2017. À cette époque, son PAR90 avoisinait 9 %. Ruben Dieudonné attribue alors cette situation à des insuffisances du contrôle interne et à des cas de fraude. La direction avait engagé une réorganisation des procédures ainsi qu’un renforcement des mécanismes de surveillance et de recouvrement.
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Les microentrepreneurs et les PME au centre du modèle
Créée en octobre 2010 sous le nom de Microcred Côte d’Ivoire, avant d’adopter la marque Baobab en 2019, l’institution s’est développée en ciblant notamment les microentrepreneurs et les petites entreprises ayant un accès limité aux services bancaires traditionnels.
Elle propose aujourd’hui des crédits compris entre 100 000 et 700 millions FCFA, destinés entre autres aux besoins de trésorerie, aux investissements, aux activités agricoles et aux jeunes entreprises.
La part des financements accordés aux PME varie selon le seuil retenu pour définir cette catégorie. D’après la direction, les crédits supérieurs à 60 millions FCFA représentent environ 20 à 25 % de l’encours total. En retenant un seuil de 20 millions FCFA, cette proportion atteint approximativement la moitié du portefeuille.
L’accompagnement des entrepreneurs du secteur informel vers une meilleure structuration figure également parmi les axes du modèle de Baobab. L’institution mise sur un suivi de proximité, des rencontres et des formations pour aider ses clients à améliorer la traçabilité de leurs activités et à répondre progressivement aux exigences liées aux financements plus importants.
« On a des clients qui ont commencé avec nous avec des crédits de 1 million, 2 millions, aujourd’hui qui sont à des crédits de 100, 150 millions », a indiqué Ruben Dieudonné.
Cette progression suppose toutefois une formalisation accrue des entreprises, notamment en matière de documentation financière.
Un réseau physique complété par le numérique
Pour étendre sa couverture territoriale, Baobab Côte d’Ivoire s’appuie sur 38 agences et points de service ainsi que sur près de 300 correspondants répartis dans le pays.
L’institution développe parallèlement ses services numériques, notamment à travers son application mobile et son intégration à la plateforme de paiement instantané interopérable de l’UMOA, lancée en septembre 2025.
À l’horizon 2027, Baobab vise donc la première place africaine dans la microfinance. Son ambition pour 2035 est plus large : intégrer le top 5 des institutions financières du continent, en se mesurant également aux banques et aux établissements de monnaie électronique. La réalisation de ces objectifs dépendra notamment de sa capacité à maintenir sa croissance, à préserver la qualité de ses crédits et à élargir l’accès aux services financiers.







