En 2024, les banques nigérianes cotées en bourse ont engrangé 5,93 billions de nairas de revenus à travers leurs placements dans des bons du Trésor, des obligations OMO et d’autres titres financiers. Ce chiffre illustre une réorientation stratégique vers des actifs sûrs et rentables, dans un environnement marqué par des taux d’intérêt élevés.
Ces revenus représentent environ 40 % du revenu total des intérêts, qui a doublé pour atteindre 14 804 milliards de nairas, contre 6 630 milliards de nairas en 2023. Cette évolution témoigne d’un basculement progressif dans la structure de rentabilité des banques, privilégiant désormais les titres d’État aux crédits plus risqués.
La valeur totale des portefeuilles d’investissement des neuf principales banques a bondi de 196,49 %, passant de 24 257 milliards de nairas en 2023 à 44 649 milliards de nairas en décembre 2024. Parallèlement, les prêts et avances se sont élevés à 55 746 milliards, contre 39 693 milliards en 2023, tandis que les dépôts ont grimpé à 126 000 milliards, affichant une croissance de 50 %.
Cette dynamique a permis aux banques d’afficher des bénéfices combinés avant impôts de 5,96 billions de nairas et 4,799 billions après impôts, marquant une progression de plus de 50 % sur un an. Ces résultats émanent des principales institutions du pays, notamment Access Holdings, UBA, Zenith Bank, GTCO, First Bank Holdings, Fidelity, Stanbic IBTC, FCMB et Wema Bank.
Parmi elles, certaines se sont particulièrement distinguées :
UBA a généré 1 203 milliards de nairas à partir des titres, représentant plus de 50 % de ses revenus d’intérêts, un record sectoriel.
Access Holdings, en tête du classement, a encaissé 1 640 milliards, soit 47 % de ses revenus d’intérêts, avec une stratégie diversifiée entre actifs à coût amorti, FVOCI et FVTPL.
Zenith Bank suit avec 1 038 milliards, représentant 38,15 % de ses revenus, misant sur des actifs à haut rendement garantis.
GTCO affiche une progression de 230 %, atteignant 582,86 milliards, en concentrant ses investissements sur des titres à la fois sûrs et valorisables au marché.
Même les établissements de taille plus modeste ont connu des envolées notables :
Stanbic IBTC a multiplié par quatre ses revenus de titres à 161,4 milliards, tandis que Fidelity Bank a accru ses gains de 143 % à 163,42 milliards.
FCMB a vu ses revenus grimper à 175,79 milliards, et Wema Bank à 113,67 milliards, près du double par rapport à l’année précédente.
Cette dépendance croissante aux titres publics a permis d’assurer une rentabilité solide tout en réduisant l’exposition aux défauts de crédit. Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risques. Une éventuelle baisse des taux dans les années à venir pourrait comprimer ces marges, forçant les banques à se repositionner sur des crédits à plus forte valeur ajoutée.
Si cette tendance favorise la stabilité des revenus bancaires, elle soulève aussi des questions sur le ralentissement potentiel du financement de l’économie réelle, notamment à travers les prêts aux PME, aux particuliers ou les crédits immobiliers. À terme, cela pourrait freiner la croissance inclusive si les banques ne rééquilibrent pas leurs portefeuilles.



























