En Afrique de l’Est, la filière anacarde est largement dominée par la Tanzanie et le Mozambique. Longtemps marginal, le Kenya, aujourd’hui confronté à l’érosion de sa production, tente de relancer une culture stratégique afin de renforcer sa contribution à l’économie agricole nationale et mieux exploiter ses capacités de transformation.
Un plan de relance axé sur les plants améliorés
Le 8 janvier 2026, le ministre kenyan de l’Agriculture et du Développement de l’Élevage, Mutahi Kagwe, a dévoilé un plan de redynamisation de la filière noix de cajou. Selon un communiqué publié sur son compte X, la stratégie repose sur la multiplication et la distribution de plants d’anacardiers améliorés, couplées à un accompagnement technique renforcé des producteurs.
Le programme est piloté par le centre de recherche de l’Organisation nationale de recherche agricole et animale (KALRO), basé à Mtwapa, dans le comté de Kilifi. Une nouvelle variété à haut rendement et tolérante aux maladies a déjà été développée, avec 20 000 plants prêts à être distribués lors de la prochaine saison des longues pluies. Quatre autres variétés améliorées devraient suivre d’ici six mois.
Une coordination institutionnelle renforcée
La multiplication et la distribution des plants seront assurées conjointement par l’Autorité de l’Agriculture et de l’Alimentation (AFA) et les gouvernements de comté, avec l’appui du Service d’inspection phytosanitaire du Kenya (KEPHIS) et des services de vulgarisation agricole.
Au-delà du matériel végétal, les producteurs bénéficieront d’un appui technique ciblé : bonnes pratiques culturales, espacement optimal des plants, association avec le cocotier et le manguier, ainsi que greffage de rajeunissement pour restaurer les vergers vieillissants.
Une production en net recul sur dix ans
L’initiative vise à redresser une filière dont les performances se sont fortement dégradées au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’AFA, la production de noix de cajou a reculé de 13 % en 2024, à 7 803 tonnes, contre 22 140 tonnes en 2014.
Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs structurels : recrudescence des ravageurs et des maladies, déforestation massive pour le bois de chauffage, mais aussi désintérêt croissant des agriculteurs, découragés par les faibles prix à la production.
Dans son rapport annuel 2025, l’AFA souligne que l’abattage des anacardiers pour l’énergie domestique et industrielle a largement neutralisé les efforts de replantation, conduisant à l’abandon de nombreuses exploitations.
Une filière piégée par la surcapacité industrielle
Paradoxalement, le Kenya dispose d’une capacité installée de transformation estimée à 45 000 tonnes, soit près de six fois le niveau actuel de production. Cette surcapacité industrielle empêche le pays de tirer pleinement profit de la valeur ajoutée locale et limite la rentabilité des investissements existants.
Aujourd’hui, la majorité des noix de cajou produites est transformée localement par des ateliers artisanaux et des unités semi-industrielles, notamment East River Foods EPZ et Nuts and More Processing EPZ, pour une consommation essentiellement domestique. Une part marginale est exportée sous forme brute ou intégrée à des mélanges de fruits secs.
Un pari sur le moyen terme
La nouvelle stratégie gouvernementale ambitionne de réconcilier production agricole et capacités industrielles, condition indispensable pour repositionner le Kenya sur le marché régional de l’anacarde. Reste à savoir si les mesures annoncées permettront, dans les prochaines années, d’inverser durablement la tendance et de redonner à la filière un rôle moteur dans l’économie agricole côtière.







