L’Algérie tente depuis plusieurs années de réduire l’usage des espèces dans les transactions commerciales. En 2025, un nouveau plan national en cinq axes a été lancé, porté par le ministère des Finances, visant à instaurer un véritable écosystème de paiement numérique. Ce plan prévoit :
- La révision du cadre réglementaire,
- La modernisation des infrastructures,
- Le développement de technologies innovantes,
- La numérisation des flux dans le secteur public et privé,
- La promotion d’une culture financière numérique.
Cependant, malgré plus de 20 millions de cartes bancaires en circulation, dont une large majorité issues du réseau postal, leur utilisation reste marginale. Le nombre limité de terminaux de paiement électronique (environ 77 500, surtout concentrés en zone urbaine) freine l’usage des paiements électroniques. Le Mobile Switch, outil d’interopérabilité bancaire, et les paiements par QR code peinent aussi à convaincre commerçants et consommateurs, en partie à cause d’une méfiance généralisée envers les institutions bancaires et d’une forte économie informelle.
Des mesures incitatives mais peu adaptées au contexte
Pour accélérer l’adoption, l’État rend obligatoire l’équipement en terminaux de paiement pour certains commerces, assorti de réductions fiscales. Mais cette politique coercitive, sans accompagnement technologique ni réel soutien à la bancarisation des populations, paraît déconnectée des réalités socio-économiques du pays.
Par ailleurs, le faible niveau de culture numérique et financière limite l’impact des campagnes de sensibilisation menées via médias et réseaux sociaux.
Un cadre réglementaire modernisé… mais à consolider
La Loi Monétaire et Bancaire de juin 2023 a permis l’ouverture du secteur à de nouveaux acteurs : prestataires de services de paiement (PSP), banques digitales, bureaux de change et banques d’affaires. Cette réforme vise à favoriser la digitalisation et à réduire l’usage du cash, en particulier en renforçant la supervision des PSP qui fluidifieront les transactions électroniques, notamment dans le commerce en ligne.
À fin 2024, malgré plus de 197 millions de retraits effectués aux distributeurs automatiques (DAB) pour un montant colossal, les transactions via terminaux de paiement électronique ne représentent que 5,5 millions, pour un montant bien moindre. La prédominance du cash reste donc flagrante.
Enjeux et défis pour l’avenir
L’Algérie affiche une volonté politique réelle de moderniser son système financier et de réduire le cash. Toutefois, cette stratégie reste fragmentée, avec des avancées lentes et des initiatives verticales qui ne tiennent pas toujours compte des défis socio-économiques du pays : faible inclusion bancaire, informel massif, manque d’infrastructures et culture financière limitée.
Le pari d’une transition réussie vers un système numérique inclusif et sécurisé nécessitera une approche plus coordonnée, un renforcement des infrastructures, des campagnes de formation plus efficaces et une meilleure adaptation aux besoins des populations.










































