L’Albanie a créé la surprise en présentant Diella, une intelligence artificielle (IA) représentée par un hologramme d’une femme en costume traditionnel albanais, comme ministre chargée de surveiller les marchés publics. Présentée devant le Parlement, elle a pour mission affichée de contribuer à la lutte contre la corruption dans un pays classé 80e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International en 2024.
Avant cette nomination, Diella avait déjà fait son entrée dans l’administration numérique albanaise. Lancée en janvier 2025 comme assistante virtuelle sur la plateforme e-Albania, elle facilitait l’accès aux démarches administratives en ligne. Sa promotion marque une nouvelle étape dans l’utilisation des technologies numériques au service de l’action publique.
D’assistante virtuelle à ministre : le parcours de Diella
Diella a d’abord été conçue pour accompagner les usagers du portail e-Albania, qui centralise la quasi-totalité des démarches administratives du pays. Son rôle initial consistait à simplifier l’accès aux services publics et à rendre les procédures plus accessibles.
En septembre 2025, un décret présidentiel a autorisé le Premier ministre Edi Rama à la nommer ministre, tout en lui permettant de conserver ses fonctions liées aux démarches administratives numériques.
Le projet est piloté par le cabinet du Premier ministre et l’Agence nationale de la société de l’information. Selon les informations présentées, le soutien technologique de Microsoft aurait également contribué à son développement, notamment grâce à des modèles de langage capables de comprendre et de traiter des échanges en albanais.
Cette évolution illustre la volonté des autorités albanaises d’intégrer davantage l’intelligence artificielle dans le fonctionnement de l’administration.
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Une fonction symbolique, sans pouvoir politique autonome
Malgré son titre de ministre, Diella ne dispose pas d’un pouvoir politique autonome. Elle n’attribue pas directement les marchés publics et ne décide pas des orientations stratégiques du gouvernement.
Son rôle reste donc essentiellement symbolique et technologique. Sa nomination vise à incarner la volonté des autorités de renforcer la transparence dans les procédures de commande publique, un domaine particulièrement sensible aux risques de corruption.
L’efficacité réelle de cette initiative dépendra toutefois des mécanismes de contrôle mis en place, de la qualité des données utilisées et de la capacité des institutions à garantir la traçabilité des décisions. La présence d’une intelligence artificielle ne constitue pas, à elle seule, une garantie contre les pratiques frauduleuses.
Un signal adressé à l’Union européenne
La nomination de Diella intervient alors que l’Albanie poursuit ses négociations d’adhésion à l’Union européenne, engagées en 2022. La lutte contre la corruption et le renforcement de l’État de droit figurent parmi les enjeux importants de ce processus.
En plaçant une intelligence artificielle au cœur de son dispositif de surveillance des marchés publics, le gouvernement cherche à mettre en avant sa volonté de moderniser l’administration et de renforcer la transparence.
Cette initiative constitue également un outil de communication politique, en donnant une visibilité internationale aux efforts annoncés par Tirana en matière de gouvernance numérique.
L’intelligence artificielle peut-elle renforcer la transparence publique ?
Le cas de Diella soulève une question plus large sur la place de l’intelligence artificielle dans les administrations. Ces technologies peuvent contribuer à automatiser certaines tâches, à analyser des volumes importants de données et à repérer des anomalies dans les procédures.
Cependant, leur contribution à la lutte contre la corruption dépend de garanties concrètes : indépendance des mécanismes de contrôle, transparence des algorithmes, protection des données et possibilité de contester les décisions.
Pour l’Albanie, le défi sera donc de transformer la portée symbolique de cette nomination en améliorations vérifiables de la gestion des marchés publics. L’expérience de Diella pourrait ainsi alimenter le débat international sur les possibilités, mais aussi les limites, de l’intelligence artificielle dans la gouvernance publique.







