Afrique : la ZLECAf progresse, mais le commerce intra-africain reste limité
L’intégration commerciale en Afrique continue d’enregistrer des avancées notables, portée par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Selon un rapport de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), 49 États africains avaient ratifié l’accord à fin juillet 2025, confirmant une adhésion quasi généralisée au projet.
Des avancées significatives sur le plan réglementaire
Le document, présenté lors de la Conférence des ministres africains des finances tenue à Tanger, met en lumière plusieurs progrès structurants. L’ensemble des pays parties a soumis ses offres tarifaires, tandis que 46 d’entre elles ont déjà été vérifiées par le secrétariat de la ZLECAf.
Par ailleurs, 22 pays ont publié leurs listes provisoires de concessions tarifaires, étape clé vers la libéralisation effective des échanges. Les protocoles relatifs aux différentes phases de négociation ont également été adoptés par la Union africaine, incluant désormais un protocole dédié au commerce numérique.
En parallèle, des discussions se poursuivent sur certains aspects techniques, notamment les règles d’origine dans des secteurs sensibles comme le textile et l’automobile. À ce jour, un consensus a été trouvé sur 92,3 % de ces règles.
Une dynamique encore freinée sur le terrain
Malgré ces avancées institutionnelles, les résultats concrets en matière d’échanges commerciaux restent en deçà des attentes. En 2024, le commerce intra-africain de marchandises s’est établi à 101,7 milliards de dollars, soit seulement 15,1 % du commerce total du continent.
Ce décalage entre ambition et réalité souligne les défis persistants, notamment en matière d’infrastructures, de logistique et de barrières non tarifaires. La mise en œuvre effective des engagements demeure ainsi un enjeu central pour transformer les progrès réglementaires en opportunités économiques tangibles.
Le rôle croissant du secteur des services
Le rapport met également en avant le poids du secteur des services dans les économies africaines. En 2024, celui-ci représentait 48,8 % du PIB du continent, confirmant son rôle moteur dans la transformation économique.
Les exportations de services ont atteint 158,9 milliards de dollars, en hausse par rapport à 2023. Les services de voyage dominent largement, représentant 36,1 % des exportations, suivis par les services de transport (24,3 %).
Vers une accélération de l’intégration continentale
Pour accompagner cette dynamique, 50 pays africains ont élaboré des stratégies nationales de mise en œuvre de la ZLECAf, avec l’appui de la CEA pour 43 d’entre eux. Par ailleurs, un indice synthétique de l’intégration régionale a été développé en collaboration avec la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine, afin de mieux suivre les progrès réalisés.
L’objectif reste ambitieux : faire de la ZLECAf un marché unique de 1,3 milliard de personnes, avec un PIB combiné dépassant 3 000 milliards de dollars. Lancée officiellement le 1er janvier 2021, cette initiative vise à supprimer progressivement 90 % des droits de douane et à renforcer les échanges intra-africains.
Un chantier encore inachevé
Si les avancées réglementaires sont indéniables, la réussite de la ZLECAf dépendra désormais de sa mise en œuvre effective. L’amélioration des infrastructures, la réduction des obstacles logistiques et l’harmonisation des politiques commerciales seront déterminantes pour concrétiser le potentiel du marché africain.
En l’état, l’intégration commerciale progresse, mais reste encore à transformer en levier concret de croissance pour les économies du continent.







