En Afrique, le véritable défi n’est pas l’accès à la technologie, mais sa diffusion effective dans les secteurs productifs. C’est le message central porté par Claver Gatete, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
S’exprimant lors de la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique, tenue à Tanger au Maroc, il a insisté sur la nécessité d’intégrer innovation, finance et transformation structurelle dans une même stratégie.
Un enjeu de transformation économique
Selon Claver Gatete, malgré les progrès observés sur le continent, une part importante de la valeur créée par le numérique continue d’être captée hors d’Afrique. Revenus issus des données, propriété intellectuelle et bénéfices des plateformes numériques échappent encore largement aux économies africaines.
Sans une action volontariste, le continent risque une marginalisation numérique, un creusement des écarts de productivité et une dépendance accrue vis-à-vis des acteurs extérieurs.
Des avancées déjà visibles sur le continent
Le responsable onusien souligne toutefois plusieurs dynamiques positives :
- les innovations fintech au Kenya, au Rwanda et au Ghana
- les technologies agricoles intelligentes au Botswana
- les investissements dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert au Maroc, en Namibie et en Afrique du Sud
Ces initiatives constituent des bases solides, mais doivent être amplifiées et mieux intégrées dans les économies nationales.
Quatre priorités pour accélérer la diffusion technologique
Pour réussir sa transformation, Claver Gatete identifie quatre axes stratégiques :
- Investir dans les infrastructures essentielles
Le développement d’une économie moderne passe par l’accès à une énergie fiable, à une connectivité numérique robuste et à des systèmes de données performants. À ce titre, le AUDA-NEPAD est appelé à jouer un rôle clé dans l’accélération des projets structurants. - Miser sur le capital humain
Les systèmes éducatifs doivent évoluer pour répondre aux exigences d’une économie numérique. L’objectif est de faire de la jeunesse africaine un moteur de l’innovation. - Renforcer l’intégration régionale
La mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est essentielle pour élargir les marchés et favoriser la diffusion des innovations. Le Système panafricain de paiement et de règlement constitue également un levier clé pour faciliter les échanges en monnaies locales. - Mobiliser des financements à grande échelle
La transformation économique nécessite des ressources financières importantes. Il est donc crucial de structurer des mécanismes de financement adaptés aux besoins du continent.
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà de la technologie, la question centrale reste celle de la capacité des pays africains à capter la valeur créée. Cela implique la mise en place de cadres réglementaires efficaces, de politiques de gouvernance des données et de mécanismes de fiscalité numérique adaptés.
Une transformation à accélérer
Pour la CEA, l’Afrique dispose du potentiel nécessaire pour réussir sa transformation économique. La véritable question réside désormais dans la rapidité et la détermination des actions engagées par les décideurs.
Dans un contexte de compétition technologique mondiale, la diffusion de l’innovation dans les secteurs productifs apparaît ainsi comme un levier décisif pour une croissance durable et inclusive du continent.







