Africa Forward Summit : William Ruto appelle à un partenariat Afrique-France fondé sur l’égalité et l’investissement
À l’ouverture du Africa Forward Summit à Nairobi, le président kényan William Ruto a plaidé pour une refondation des relations entre l’Afrique et la France, basée sur un partenariat gagnant-gagnant, l’investissement mutuel et le respect de la souveraineté des États.
Co-présidée avec le président français Emmanuel Macron, cette rencontre de haut niveau organisée au Kenyatta International Convention Centre (KICC) réunit 24 chefs d’État africains, cinq Premiers ministres, plusieurs vice-présidents ainsi que le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.
William Ruto veut tourner la page de la dépendance à l’aide
Dans son discours d’ouverture, William Ruto a insisté sur la nécessité de sortir d’un modèle de coopération historiquement marqué par l’aide, la dépendance et l’endettement.
Selon lui, les relations entre l’Afrique et ses partenaires internationaux doivent désormais reposer sur :
- l’égalité souveraine entre les États ;
- des investissements mutuellement bénéfiques ;
- la mobilisation des ressources domestiques africaines ;
- l’innovation et la transformation industrielle.
« L’époque où le développement de l’Afrique était principalement pensé à travers l’aide et la dépendance doit céder la place à un nouveau paradigme fondé sur l’investissement, l’innovation et des partenariats stratégiques équilibrés », a déclaré le président kényan.
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L’Afrique veut financer sa propre transformation
William Ruto a rappelé que l’Afrique dispose d’importantes ressources financières internes encore sous-exploitées.
Le chef de l’État kényan a notamment mis en avant :
- plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique à long terme sur le continent ;
- plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs de retraite et d’assurance ;
- plus de 500 milliards de dollars de réserves des banques centrales.
Le président a souligné que ces ressources doivent être mieux mobilisées pour financer les infrastructures, l’industrialisation et la transition énergétique.
Le Kenya affirme déjà mettre en œuvre cette stratégie via son National Infrastructure Fund, qui aurait déjà mobilisé près de 1 milliard de dollars pour financer des projets structurants.
Réforme de l’architecture financière mondiale : un plaidoyer commun
Au cœur des discussions figure également la réforme du système financier international.
William Ruto a dénoncé un système mondial « structurellement inégal », pointant :
- des coûts d’emprunt excessifs pour les pays africains ;
- un accès limité aux financements concessionnels ;
- des biais persistants dans les notations de crédit internationales.
Le président kényan a réaffirmé son soutien à la création d’une Agence africaine de notation financière, destinée à corriger les distorsions de perception du risque sur les économies africaines.
« Cette injustice augmente artificiellement le coût du capital et freine les investissements productifs en Afrique », a-t-il expliqué.
Emmanuel Macron promet une relation renouvelée avec l’Afrique
De son côté, Emmanuel Macron a assuré que la nouvelle relation entre la France et l’Afrique serait fondée sur « le respect, le courage et des ambitions partagées ».
Le président français a indiqué que la France souhaite accompagner davantage la souveraineté économique africaine.
Il a mis en avant :
- 23 milliards d’euros d’investissements privés en Afrique ;
- dont 14 milliards d’euros provenant d’entreprises françaises ;
- et 9 milliards d’euros investis dans des entreprises africaines.
« Votre succès est notre succès », a affirmé Emmanuel Macron devant les participants.
António Guterres réclame plus de place pour l’Afrique dans la gouvernance mondiale
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui aussi soutenu les revendications africaines en matière de gouvernance mondiale.
Il a dénoncé une « injustice centenaire », rappelant qu’un continent de plus de 1,5 milliard d’habitants ne dispose toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Selon lui, l’absence de l’Afrique dans les institutions financières internationales pénalise non seulement le continent, mais également l’ensemble de l’économie mondiale.
Infrastructures, énergie verte et jeunesse au centre des priorités africaines
William Ruto a également identifié plusieurs priorités stratégiques pour l’Afrique :
- le développement des corridors de transport, ports, routes et chemins de fer ;
- l’amélioration de la connectivité numérique ;
- la transition énergétique et l’industrialisation verte ;
- le développement des compétences des jeunes dans l’intelligence artificielle et l’innovation.
Le président kényan estime que l’Afrique doit devenir un hub industriel compétitif porté par les énergies propres, les infrastructures modernes et l’entrepreneuriat.
Nairobi accueille un sommet symbolique pour les relations Afrique-France
Le choix du Kenya pour accueillir l’Africa Forward Summit revêt une forte portée symbolique. Il s’agit de la première édition organisée hors de France ou d’un pays africain francophone en plus de cinquante ans.
Pour William Ruto, cette rencontre marque une nouvelle étape dans la construction d’un partenariat plus équilibré entre l’Afrique et la France.
« L’Afrique ne cherche pas des privilèges, mais l’équité ; non pas l’exclusion, mais l’inclusion », a conclu le président kényan.
Avec ce sommet, Nairobi s’impose ainsi comme une plateforme diplomatique majeure pour repenser les relations économiques et stratégiques entre l’Afrique, la France et les institutions internationales.







