L’Afrique de l’Ouest veut accélérer la transformation de sa filière rizicole afin de réduire sa dépendance aux importations. Réunis les 2 et 3 juin 2026 à Accra, au Ghana, des représentants des gouvernements, des investisseurs, des institutions de développement et du secteur privé ont examiné les moyens de financer la Feuille de route régionale pour le riz 2025-2035 de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
À cette occasion, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a présenté ses mécanismes de financement et ses initiatives d’investissement destinés à renforcer la production, les chaînes de valeur et la sécurité alimentaire dans la région.
Riz : 12 millions de tonnes importées chaque année en Afrique de l’Ouest
Le riz occupe une place importante dans l’alimentation ouest-africaine. Il représente environ 40 % de la consommation régionale de céréales. Pourtant, les pays de la région importent chaque année près de 12 millions de tonnes, une dépendance qui pèse sur leurs réserves de devises et les expose aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Face à cette situation, la CEDEAO s’est fixé un objectif : parvenir progressivement à l’autosuffisance régionale en riz d’ici à 2035. Approuvée par les chefs d’État de l’organisation en décembre 2024, la Feuille de route régionale pour le riz 2025-2035 vise à accroître la production, à renforcer les chaînes de valeur et à améliorer la sécurité alimentaire.
Lors de l’ouverture de la table ronde, la vice-présidente du Ghana, Naana Jane Opoku-Agyemang, a souligné le potentiel agricole et entrepreneurial de l’Afrique de l’Ouest. Selon elle, investir dans le riz revient également à soutenir l’emploi, les industries, la prospérité rurale et la résilience économique.
Le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a pour sa part insisté sur la nécessité de bâtir des systèmes agroalimentaires plus compétitifs, inclusifs et durables pour renforcer la souveraineté alimentaire régionale.
Jusqu’à 19 milliards de dollars d’investissements en capital nécessaires
La réalisation des ambitions de la feuille de route nécessite des ressources financières considérables. Selon les estimations présentées lors de la rencontre, les besoins se situent entre 15 et 19 milliards de dollars pour les investissements en capital, auxquels s’ajoutent 4 à 5 milliards de dollars par an pour les dépenses de fonctionnement.
Ces besoins couvrent plusieurs maillons de la filière : les systèmes de semences, l’irrigation, la production agricole, la transformation, le stockage, la logistique et l’accès aux marchés.
Pour Richard Ofori-Mante, directeur du Département du financement agricole et du développement rural du Groupe de la BAD, l’autosuffisance ne pourra être atteinte sans des investissements soutenus sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’amélioration des infrastructures rurales et des systèmes d’irrigation constitue également un levier pour développer l’agriculture commerciale et l’agro-industrie en Afrique de l’Ouest.
La BAD mise sur le financement mixte et le partage des risques
Au cours de la table ronde, Richard Ofori-Mante a présenté plusieurs approches susceptibles de faciliter le financement du secteur rizicole. La Banque africaine de développement entend notamment promouvoir le financement mixte, les instruments de partage des risques et les investissements adaptés aux enjeux climatiques afin de mobiliser davantage de capitaux privés.
Parmi les initiatives évoquées figure un mécanisme de partage des risques liés aux intrants agricoles, estimé à 200 millions de dollars. Soutenu par la BAD et le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, ce mécanisme envisagé pourrait réduire les risques de crédit supportés par les fournisseurs d’intrants agricoles et encourager les investissements privés sur les marchés agricoles.
L’objectif est de faciliter l’accès aux intrants nécessaires à la production et de renforcer les conditions de financement de la filière. Le mécanisme s’inscrit dans une démarche plus large visant à mieux répartir les risques entre les acteurs et à rendre les investissements agricoles plus attractifs.
Le programme REWARD pour renforcer les chaînes de valeur rizicoles
La BAD s’appuie également sur le Programme de développement des chaînes de valeur régionales rizicoles résilientes en Afrique de l’Ouest (REWARD). Celui-ci constitue un cadre opérationnel pour accompagner la mise en œuvre de la feuille de route régionale.
Le programme vise à accroître la production de riz, à consolider les chaînes de valeur et à améliorer la sécurité alimentaire. Il s’inscrit dans une approche régionale qui associe le développement de la production aux besoins de transformation, de stockage et de commercialisation.
La table ronde d’Accra a été organisée par le gouvernement ghanéen, en collaboration avec la CEDEAO, le Groupe de la BAD, le Groupe de la Banque mondiale à travers son initiative AgriConnect et le Fonds international de développement agricole (FIDA).
Des engagements attendus pour concrétiser la feuille de route
À l’issue de la rencontre, les gouvernements, les partenaires au développement, les investisseurs et les dirigeants du secteur privé se sont engagés à consacrer des milliards de dollars au renforcement des investissements dans la filière rizicole ouest-africaine.
Les participants ont également convenu de soutenir la mise en œuvre des plans d’action nationaux d’investissement dans la riziculture, de consolider la coopération régionale et de développer les partenariats public-privé.
La concrétisation de ces engagements sera déterminante pour transformer les objectifs régionaux en capacités de production supplémentaires et en chaînes de valeur plus performantes. L’enjeu est de réduire progressivement la dépendance aux importations tout en favorisant l’emploi, les activités agro-industrielles et la création de valeur au sein de la région.
Toutefois, les annonces rapportées ne précisent pas le montant total des financements effectivement engagés à l’issue de la table ronde, ni leur calendrier de mobilisation. L’objectif d’autosuffisance en riz à l’horizon 2035 dépendra donc notamment de la traduction des ambitions affichées en financements disponibles et en investissements réalisés.







