Face à la dégradation des finances publiques gabonaises, la Banque mondiale préconise une meilleure mobilisation des recettes fiscales, notamment par la suppression des exonérations sans impact économique tangible. Dans sa Note de conjoncture économique du Gabon 2026, l’institution recommande également le déploiement complet de Digitax afin d’améliorer le recouvrement de l’impôt et de renforcer les ressources de l’État.
Cette orientation remet au centre du débat l’efficacité des avantages fiscaux accordés aux entreprises, dans un contexte marqué par les tensions budgétaires, le poids de la dette et la nécessité de diversifier une économie encore fortement dépendante du pétrole.
Les exonérations fiscales sous le regard de la Banque mondiale
Les exonérations fiscales sont utilisées depuis plusieurs années au Gabon pour encourager l’investissement privé, soutenir certaines activités et attirer des entreprises. Mais leur maintien soulève une question centrale : les recettes auxquelles l’État renonce génèrent-elles des retombées économiques suffisantes pour justifier leur coût ?
Dans sa publication de 2026, la Banque mondiale recommande l’élimination des exonérations dépourvues d’impact tangible. Cette proposition s’inscrit dans un effort plus large d’assainissement budgétaire, alors que le déficit public gabonais aurait atteint environ 12 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, selon les données rapportées dans les éléments disponibles.
L’enjeu n’est pas nécessairement de supprimer tous les avantages fiscaux, mais de mieux distinguer ceux qui favorisent effectivement l’activité économique de ceux dont les résultats restent insuffisants. La création d’emplois, les investissements réalisés, la valeur ajoutée produite localement et les retombées fiscales à moyen terme constituent notamment des indicateurs utiles pour évaluer leur pertinence.
Toutefois, les éléments examinés ne permettent pas d’établir un bilan chiffré individualisé du coût des exonérations au Gabon ni de leurs effets sur l’investissement et l’emploi.
Digitax, un levier pour améliorer le recouvrement fiscal
La Banque mondiale recommande également le déploiement complet de Digitax à l’ensemble des impôts et des contribuables. La généralisation de cet outil doit contribuer à moderniser l’administration fiscale, à faciliter les déclarations et les paiements, ainsi qu’à améliorer le suivi des recettes publiques.
Une meilleure digitalisation pourrait renforcer la traçabilité des opérations fiscales et réduire certaines insuffisances dans le recouvrement. Elle ne saurait toutefois produire pleinement ses effets sans des procédures adaptées, un suivi efficace des contribuables et une administration disposant des moyens nécessaires à la mise en œuvre de la réforme.
L’objectif est de mobiliser davantage de ressources intérieures pour réduire les tensions sur le budget de l’État. Selon les chiffres rapportés dans les éléments disponibles, les dépenses publiques ont représenté 32,6 % du PIB en 2025, tandis que les intérêts de la dette ont atteint 4,1 % du PIB. Ces contraintes limitent les marges de manœuvre budgétaires et renforcent l’intérêt d’une collecte fiscale plus performante.
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Concilier attractivité économique et recettes publiques
La rationalisation des exonérations pose néanmoins un défi d’équilibre. La suppression d’un avantage fiscal peut fragiliser certains projets dont la rentabilité dépend de conditions particulières, notamment dans les secteurs nécessitant des investissements initiaux importants. À l’inverse, le maintien d’exonérations sans évaluation de leurs résultats peut priver durablement l’État de ressources utiles au financement des infrastructures et des services publics.
Pour les autorités gabonaises, l’enjeu consiste donc à instaurer une évaluation plus transparente des dépenses fiscales. Celle-ci pourrait reposer sur une estimation du manque à gagner pour le budget, des objectifs définis en amont et des résultats effectivement obtenus en matière d’investissement, d’emploi et de production locale.
Dans une économie engagée dans la diversification de ses sources de croissance, les incitations fiscales gagneraient ainsi à être appréciées au regard de leurs effets mesurables. La recommandation de la Banque mondiale invite, en définitive, à faire des exonérations un instrument ciblé de politique économique plutôt qu’un avantage maintenu sans preuve suffisante de son efficacité.







