La Guinée équatoriale traverse une nouvelle phase de contraction économique. Après une croissance limitée à 0,4 % en 2024, le produit intérieur brut (PIB) du pays aurait diminué de 5,8 % en 2025, principalement sous l’effet du recul de la production pétrolière. Cette évolution met une nouvelle fois en évidence les limites d’un modèle économique fortement dépendant des hydrocarbures, alors que la diversification et l’amélioration des conditions de vie restent des défis majeurs.
Selon le Baromètre économique de la CEMAC de juillet 2026, la baisse des recettes pétrolières, les difficultés du secteur financier et la persistance de la pauvreté compliquent les perspectives. Les réformes engagées par les autorités pourraient contribuer à modifier cette trajectoire, à condition d’être poursuivies et effectivement mises en œuvre.
Une contraction économique liée au recul de la production pétrolière
La baisse de l’activité en 2025 s’explique notamment par une diminution de 19 % de la production pétrolière, consécutive à des perturbations opérationnelles imprévues. La contraction intervient dans un contexte de déclin prolongé des gisements arrivant à maturité.
L’évolution de la production illustre l’ampleur du phénomène : le volume extrait est passé de 104,5 millions de barils en 2010 à 28,9 millions en 2024. Cette tendance a progressivement affaibli le principal moteur de l’économie équato-guinéenne.
La diminution des ressources issues des hydrocarbures se reflète également dans le revenu national brut par habitant. Exprimé en dollars constants de 2015, celui-ci est passé de 14 560,6 dollars en 2008 à 4 134,4 dollars en 2024.
Cette évolution souligne la difficulté à maintenir les gains de prospérité obtenus durant le boom pétrolier des années 2000 lorsque les revenus tirés des ressources naturelles diminuent et que les autres secteurs ne prennent pas suffisamment le relais.
Des finances publiques affectées par la baisse des recettes pétrolières
La contraction de la production d’hydrocarbures pèse directement sur les ressources de l’État. Les recettes budgétaires sont estimées à 16,3 % du PIB en 2025, contre 17,3 % en 2024.
Les recettes issues des hydrocarbures ont particulièrement reculé, passant de 14 % du PIB en 2024 à 12,5 % en 2025. La hausse des cours du pétrole n’a pas suffi à compenser la baisse des volumes produits.
Du côté des dépenses, les dépenses publiques totales ont diminué, passant de 17,8 % du PIB en 2024 à une estimation de 16,8 % en 2025. Cet ajustement n’ayant compensé que partiellement la baisse des recettes, le déficit budgétaire global est estimé à 0,5 % du PIB en 2025.
Le déficit du compte courant s’est également creusé, atteignant 1,1 % du PIB en 2025, contre 0,7 % en 2024. Cette dégradation est attribuée à la diminution des exportations d’hydrocarbures.
La dette publique, quant à elle, aurait légèrement augmenté pour atteindre 32,6 % du PIB en 2025. Malgré ce niveau, le risque global de tensions souveraines est jugé élevé dans le rapport, ce qui souligne l’importance de préserver les marges de manœuvre budgétaires.
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Pauvreté et emploi : les retombées sociales de la crise
Les difficultés économiques se répercutent sur les conditions de vie de la population. En 2022, 58,1 % des habitants vivaient avec moins de 8,30 dollars par jour, selon le seuil exprimé en parité de pouvoir d’achat de 2021.
La situation se serait détériorée plus récemment : le taux de pauvreté est estimé à 61 % en 2025, contre 59,9 % en 2024. Le ralentissement des secteurs de l’agriculture et des services pourrait contribuer à cette évolution. Ces deux secteurs emploient ensemble 86 % de la main-d’œuvre.
Le marché du travail reste également marqué par des difficultés structurelles. Le taux de chômage de la population active atteint 13,7 %, tandis que seulement 17 % des emplois relèvent du secteur formel. Cette faible formalisation limite notamment l’accès d’une partie des travailleurs à des emplois stables et à une protection sociale structurée.
Le développement du secteur privé et la création d’activités productives hors hydrocarbures apparaissent ainsi comme des enjeux essentiels pour élargir les possibilités d’emploi et réduire la vulnérabilité des ménages.
Des infrastructures encore insuffisantes malgré les investissements
Les investissements réalisés dans les infrastructures n’ont pas permis de garantir un accès universel aux services essentiels. Selon le rapport, 24 % de la population n’a pas accès à l’électricité et 32,4 % ne dispose pas d’un accès à l’eau courante.
Le développement du capital humain constitue un autre défi. Les enfants nés aujourd’hui ne devraient atteindre qu’environ la moitié de leur potentiel de productivité, selon les estimations rapportées par le baromètre.
Ces déficits peuvent freiner la diversification économique : sans accès fiable à l’énergie, à l’eau, à l’éducation et aux services de santé, les entreprises rencontrent davantage de difficultés à se développer et les travailleurs à améliorer leur productivité.
Un secteur financier fragilisé et des réserves extérieures sous pression
Les vulnérabilités du système financier persistent. À la mi-2025, les prêts non productifs représentaient 31,7 % du total des prêts bruts, un niveau qui témoigne de difficultés importantes dans la qualité des portefeuilles bancaires.
La position extérieure du pays s’est également affaiblie. Les réserves extérieures sont passées de l’équivalent de 6,1 mois d’importations en 2022 à 3,7 mois en 2024, et de nouvelles baisses étaient attendues en 2025.
Dans ce contexte, la politique monétaire régionale a évolué. En juin 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a abaissé son taux directeur de 4,75 % à 4,5 %, renouant avec un assouplissement progressif après les mesures de resserrement introduites à la fin de 2025 pour faire face à la détérioration des avoirs extérieurs nets.
L’inflation a, pour sa part, légèrement ralenti, passant de 3,4 % en 2024 à 3,2 % en 2025, notamment sous l’effet de la baisse des prix alimentaires.
Les réformes structurelles au cœur des perspectives de développement
Face à ces difficultés, les autorités ont défini un programme de réformes destiné à accélérer la diversification de l’économie et à promouvoir une croissance plus inclusive.
Plusieurs mesures ont été engagées : réformes fiscales et actions de lutte contre la corruption, adoption d’une nouvelle loi sur la passation des marchés publics, audits des entreprises publiques, déploiement d’un système informatique douanier et progrès vers la mise en place d’un compte unique du Trésor.
Le lancement d’un système de gestion de la dette et l’élimination progressive des subventions aux carburants figurent également parmi les initiatives récentes.
Ces mesures visent notamment à renforcer la gouvernance des finances publiques, à améliorer la transparence et à créer un environnement plus favorable aux investissements privés. Leur portée dépendra toutefois de la continuité des réformes et de leur application effective.
La diversification ne pourra pas reposer uniquement sur des changements administratifs. Elle suppose également des investissements productifs, une amélioration du capital humain, un meilleur accès aux infrastructures et des conditions permettant aux entreprises de se développer au-delà du secteur pétrolier.
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Une économie à la recherche d’un nouveau moteur de croissance
La contraction estimée à 5,8 % en 2025 rappelle la vulnérabilité de la Guinée équatoriale face au déclin de ses ressources pétrolières. La baisse des recettes publiques et des exportations, les fragilités du secteur financier ainsi que l’aggravation de la pauvreté renforcent l’urgence d’une transformation économique.
Le pays dispose d’un programme de réformes qui pourrait contribuer à améliorer la gestion publique et l’environnement des affaires. Mais le défi central reste celui de la création d’activités durables capables de prendre progressivement le relais des hydrocarbures.
La capacité de la Guinée équatoriale à convertir ses réformes en investissements productifs, en emplois formels et en amélioration des services essentiels sera déterminante pour rendre sa croissance plus inclusive et moins dépendante du pétrole.







