La République centrafricaine (RCA) a enregistré une accélération de sa croissance économique en 2025. Pourtant, cette amélioration ne s’est pas accompagnée d’une réduction significative de la pauvreté. Selon le Baromètre économique de la CEMAC de juillet 2026, le pays demeure confronté à une fragilité structurelle, à des déficits d’infrastructures et à des contraintes budgétaires importantes. Malgré ses abondantes ressources naturelles, l’économie centrafricaine peine toujours à créer suffisamment d’emplois et à améliorer durablement les conditions de vie de sa population.
Une croissance économique portée par les exportations d’or
La croissance du PIB réel centrafricain devrait atteindre 4,5 % en 2025, après une progression de 1,5 % en 2024. Cette performance dépasse nettement la croissance moyenne de 0,9 % enregistrée au cours des cinq dernières années.
Cette accélération repose principalement sur la progression des exportations d’or, soutenue par la hausse des cours internationaux et une meilleure déclaration des volumes de production. La poursuite des travaux publics et l’augmentation de la consommation de carburant ont également contribué à entretenir la dynamique économique.
Du côté de la demande, les exportations et la consommation des administrations publiques figurent parmi les principaux moteurs de la croissance.
Toutefois, cette amélioration conjoncturelle ne doit pas masquer les difficultés structurelles du pays. En 2025, le PIB réel par habitant s’élevait à environ 394 dollars, un niveau inférieur à celui observé dans les années 1960.
Cette évolution témoigne des difficultés persistantes de la RCA à transformer ses ressources naturelles en gains durables de productivité et en amélioration généralisée du niveau de vie.
Lire aussi : RCA : la croissance atteint 3,3 % en 2025
Pauvreté : 67,5 % de la population vit avec moins de 3 dollars par jour
Malgré l’accélération de l’activité économique, la pauvreté reste particulièrement élevée en République centrafricaine.
En 2025, environ 67,5 % de la population vivait avec moins de 3 dollars par jour, selon le seuil exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA) de 2021. Ce taux reste proche de celui de 2024, estimé à 67,8 %.
Les disparités géographiques sont également importantes. En milieu rural, l’extrême pauvreté atteint 78,3 % de la population, contre 52 % en milieu urbain.
Ces chiffres mettent en évidence les limites d’une croissance essentiellement soutenue par les exportations minières. Les retombées de ce secteur sur les revenus des ménages restent limitées, tandis que l’accès insuffisant aux services de base freine l’amélioration des conditions de vie.
La création d’emplois, notamment pour les jeunes, demeure par ailleurs un défi majeur.
L’enjeu pour les autorités centrafricaines consiste donc à favoriser une croissance davantage inclusive, capable de stimuler les activités productives, de créer des emplois et de générer des revenus au-delà du secteur extractif.
Inflation en baisse, mais des fragilités persistent dans le secteur financier
Sur le front des prix, la situation s’est améliorée en 2025. L’inflation est ressortie à 1 %, contre 1,5 % en 2024.
Cette décélération s’explique notamment par le ralentissement de l’inflation des biens importés, la baisse des prix alimentaires et le recul des prix des carburants à la pompe.
En juin 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a également repris l’assouplissement progressif de sa politique monétaire, en abaissant son taux directeur de 4,75 % à 4,5 %. Cette décision a inversé une partie du resserrement engagé à la fin de 2025 pour faire face à la détérioration des avoirs extérieurs nets.
Le secteur financier reste néanmoins exposé à plusieurs risques. L’augmentation des prêts non productifs et l’importance des engagements souverains constituent des sources de vulnérabilité, malgré le renforcement de la surveillance bancaire et l’amélioration de la stabilité du système.
Déficit budgétaire : les finances publiques sous pression
La situation budgétaire centrafricaine demeure préoccupante.
Alors qu’un déficit global de 2,5 % du PIB était prévu, celui-ci s’est finalement établi à 5,6 % en 2025, contre 5,1 % en 2024.
Cette dégradation s’explique notamment par des dépenses électorales plus élevées que prévu, malgré une progression des recettes intérieures, comprenant les revenus issus des licences 5G.
Les difficultés de mise en œuvre des réformes ont également pesé sur les perspectives de financement du pays.
La cinquième revue de la Facilité élargie de crédit (FEC) du Fonds monétaire international (FMI), initialement prévue pour octobre 2025, n’était toujours pas achevée selon le rapport de juillet 2026. Cette situation a entraîné le non-décaissement des ressources associées en 2025.
Parallèlement, l’accès aux dons et aux financements concessionnels demeure limité.
Face à un important déficit de financement, le gouvernement a eu recours à des emprunts régionaux à court terme assortis de taux d’intérêt élevés ainsi qu’à des prêts bancaires intérieurs.
Ces financements augmentent les charges d’intérêts et exposent davantage les finances publiques aux risques de refinancement et de liquidité.
Lire aussi : RCA : la Banque mondiale appelle à réformer les finances publiques
Le déficit courant se réduit grâce aux exportations d’or
La situation extérieure a connu une amélioration relative en 2025.
Le déficit du compte courant est passé de 9,1 % du PIB en 2024 à 7,7 % en 2025.
Cette évolution s’explique principalement par l’augmentation des exportations d’or. Entre 2024 et 2025, les prix de ce métal ont progressé de 44,3 %, tandis que la production et la qualité des déclarations d’exportation se sont également améliorées.
Cette progression a contribué à renforcer les recettes d’exportation et à réduire le déficit extérieur.
Cependant, la dépendance à l’égard d’un nombre limité de produits exportés expose toujours l’économie centrafricaine aux fluctuations des marchés internationaux.
La diversification de la base productive reste ainsi essentielle pour renforcer la résilience extérieure du pays.
Des réformes structurelles nécessaires pour sortir de la fragilité
La République centrafricaine demeure confrontée à des obstacles qui freinent son développement économique.
Les pénuries récurrentes de carburant et d’électricité, la faiblesse de la gouvernance, l’insécurité persistante et l’étroitesse de la base productive limitent les capacités de croissance du pays.
Les défis politiques et les retombées des crises régionales exercent également une pression supplémentaire sur un État fortement centralisé et disposant de marges de manœuvre budgétaires limitées.
Dans ce contexte, plusieurs domaines nécessitent des réformes urgentes : le secteur pétrolier, l’environnement des affaires, la politique budgétaire et la gestion des finances publiques.
L’amélioration de ces secteurs pourrait contribuer à renforcer la stabilité macroéconomique, à créer un environnement plus favorable à l’investissement et à faciliter la mobilisation de financements supplémentaires auprès des partenaires au développement.
La décentralisation et l’amélioration de l’accès aux services de base constituent également des enjeux importants pour favoriser une croissance plus équilibrée entre les territoires.
Transformer la croissance en progrès social
L’évolution économique de la République centrafricaine en 2025 illustre un défi majeur : une accélération de la croissance ne garantit pas automatiquement une réduction de la pauvreté.
Malgré une progression du PIB réel de 4,5 %, la pauvreté reste massive, les emplois sont rares et les finances publiques demeurent sous pression.
La capacité du pays à diversifier son économie, à améliorer la gouvernance, à renforcer ses infrastructures et à élargir l’accès aux services essentiels sera déterminante pour transformer ses ressources naturelles en développement durable.
Pour la RCA, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à accélérer la croissance, mais à faire en sorte que ses bénéfices profitent plus largement à la population.







