L’agence de notation Moody’s a abaissé d’un cran la note de crédit du Sénégal, de Caa1 à Caa2, tout en maintenant une perspective négative. Cette décision traduit l’inquiétude croissante de l’agence face aux tensions de financement de l’État et au niveau élevé de la dette publique.
La dégradation intervient alors qu’une mission du Fonds monétaire international (FMI) mène de nouvelles discussions avec les autorités sénégalaises, du 19 août au 1er septembre 2026.
Des besoins de financement particulièrement élevés
Pour Moody’s, le risque de défaut du Sénégal s’est accru dans un contexte marqué par d’importants besoins de financement.
Les besoins de financement de l’État devraient représenter environ 25 % du PIB en 2026, tandis que le principal de la dette arrivant à refinancement chaque année est estimé à près de 18 % du PIB.
Cette situation exerce une pression importante sur les finances publiques, alors que l’État doit continuer à mobiliser des ressources pour honorer ses échéances tout en finançant ses dépenses.
Le marché régional devient une source essentielle de financement
En l’absence d’un nouveau programme avec le FMI, le Sénégal s’appuie davantage sur le marché financier régional de l’UEMOA pour couvrir ses besoins.
Selon Moody’s, les émissions réalisées sur ce marché depuis le début de l’année représentent déjà environ 8 % du PIB.
Cette stratégie permet de répondre aux besoins immédiats de trésorerie, mais elle comporte également des risques. Un recours accru au marché régional expose notamment le Sénégal à des coûts de financement plus élevés et à la nécessité de refinancer régulièrement des montants importants.
Le poids du service de la dette s’est d’ailleurs nettement accru. Les paiements d’intérêts sont passés de 16,1 % des recettes publiques en 2023 à 23,7 %, réduisant ainsi les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Lire aussi : Sénégal : Bloomfield abaisse la perspective de la note souveraine à négative
Une dette publique proche de 100 % du PIB
Le niveau d’endettement constitue également une source majeure de préoccupation.
Moody’s estime que la dette publique sénégalaise se situe autour de 100 % du PIB et pourrait atteindre 108 % du PIB en prenant en compte la dette des entreprises publiques.
L’agence prévoit que le ratio restera proche de 100 % du PIB jusqu’en 2028, malgré les mesures engagées par les autorités pour réduire le déficit budgétaire.
La forte croissance économique enregistrée en 2025, à 7,6 %, ne devrait donc pas suffire à faire rapidement diminuer le poids de la dette.
Les négociations avec le FMI au centre des enjeux
La relation avec le FMI constitue désormais un élément déterminant pour les perspectives financières du Sénégal.
Pour Moody’s, la conclusion d’un nouveau programme permettrait au pays d’accéder à des financements concessionnels, généralement moins coûteux que les ressources mobilisées sur les marchés, tout en offrant un cadre pour poursuivre l’assainissement des finances publiques.
À l’inverse, un nouveau retard dans les négociations pourrait accentuer les tensions de liquidité et augmenter le risque d’une restructuration de la dette.
L’agence estime qu’un simple rééchelonnement destiné à réduire les tensions de trésorerie pourrait entraîner des pertes limitées pour les créanciers privés. Une persistance des difficultés pourrait toutefois rendre nécessaire une restructuration plus importante.
L’UEMOA limite le risque de crise extérieure
Le Sénégal bénéficie néanmoins d’un facteur de stabilité important grâce à son appartenance à l’UEMOA.
L’ancrage du franc CFA à l’euro ainsi que la mise en commun des réserves de change contribuent à limiter les risques liés à une crise monétaire ou extérieure.
Les réserves de change communes de la région étaient proches de 38 milliards de dollars fin mai 2026, selon les éléments cités dans l’analyse de Moody’s.
Cette architecture régionale constitue un amortisseur important et contribue notamment à expliquer pourquoi l’agence n’a abaissé la note que d’un cran malgré l’aggravation des tensions sur les finances publiques.
Une perspective négative qui maintient la pression
La perspective demeure négative, ce qui signifie que la pression reste forte sur la notation souveraine du Sénégal.
Une stabilisation de la perspective pourrait devenir envisageable si les tensions de liquidité cessent de s’aggraver et si les autorités parviennent à renforcer durablement leurs finances publiques.
À l’inverse, Moody’s pourrait procéder à une nouvelle dégradation en cas de perte d’accès au marché régional, d’échec des négociations avec le FMI, de nouveau dérapage budgétaire ou de restructuration de la dette entraînant des pertes importantes pour les créanciers.
Selon l’agence, le Sénégal n’a enregistré aucun défaut de paiement sur ses obligations ou ses prêts depuis 1983.
Mais avec une dette proche de 100 % du PIB, des besoins de refinancement élevés et une progression du coût des intérêts, la situation budgétaire du pays reste sous étroite surveillance.
La note Caa2 et la perspective négative de Moody’s placent ainsi les prochaines discussions avec le FMI et la capacité du gouvernement à restaurer ses marges budgétaires au cœur des enjeux financiers du Sénégal.








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