Mali : le CNT valide la création de l’Office malien des substances précieuses pour mieux contrôler l’or
Le Mali poursuit la refonte de sa gouvernance minière. Le Conseil national de Transition (CNT) a adopté à l’unanimité, le 30 juin 2026, la loi ratifiant la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP), un nouvel établissement public chargé de réguler et de centraliser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.
Adopté par 120 voix pour, le texte ratifie l’ordonnance n°2026-013/PT-RM du 10 avril 2026 et marque une nouvelle étape dans la stratégie du gouvernement visant à renforcer le contrôle de l’État sur l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie malienne.
Un nouvel organisme pour encadrer le commerce de l’or
Placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce, l’OMASP aura pour mission de superviser l’achat, la commercialisation et les flux d’exportation de l’or ainsi que des autres substances précieuses.
À travers cette réforme, les autorités entendent :
- centraliser la commercialisation de l’or ;
- améliorer la traçabilité de la production ;
- lutter contre la fraude et les circuits de contrebande ;
- sécuriser les recettes fiscales et les flux financiers liés au secteur minier.
L’Office devrait ainsi devenir un acteur central de la politique minière du Mali.
L’orpaillage, principal enjeu de la réforme
La création de l’OMASP cible en priorité l’or issu de l’orpaillage artisanal et des petites exploitations minières, un segment qui échappe encore largement aux mécanismes officiels de contrôle.
Le gouvernement avait justifié cette initiative par les écarts observés entre les volumes d’or officiellement déclarés au Mali et ceux enregistrés par certains pays importateurs, révélant l’existence de sorties frauduleuses importantes et d’un manque à gagner pour les finances publiques.
En renforçant le contrôle sur cette filière, les autorités espèrent réduire les exportations illicites et mieux valoriser la production nationale.
L’or demeure le pilier de l’économie malienne
Premier produit d’exportation du pays, l’or joue un rôle déterminant dans l’économie nationale.
Selon les données présentées en Conseil des ministres le 18 mars 2026, la production aurifère avait atteint 72,227 tonnes en 2022, dont 6 tonnes provenant de l’orpaillage.
Le secteur contribuait alors à :
- 9,2 % du produit intérieur brut (PIB) ;
- 763 milliards de FCFA de recettes budgétaires.
Ces chiffres illustrent le poids stratégique de l’industrie aurifère dans les finances publiques maliennes.
Une réforme qui s’inscrit dans une refonte du secteur minier
La création de l’OMASP vient compléter une série de réformes engagées depuis 2023 pour renforcer la souveraineté du Mali sur ses ressources naturelles.
Parmi les principales mesures figurent :
- l’adoption d’un nouveau Code minier, qui renforce la participation potentielle de l’État dans les projets d’exploitation ;
- le durcissement des obligations imposées aux sociétés minières ;
- la réalisation d’un audit ayant permis de récupérer environ 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès de plusieurs compagnies minières.
L’objectif affiché est d’accroître les retombées économiques du secteur au profit de l’État et des populations.
Une réforme dans un contexte de baisse de la production
Cette nouvelle étape intervient alors que la production industrielle d’or connaît un recul.
En 2025, elle est tombée à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024, notamment en raison des difficultés rencontrées par le complexe minier Loulo-Gounkoto, exploité par Barrick.
En intégrant la production artisanale, le volume total d’or produit s’est établi à 48,2 tonnes en 2025, un niveau inférieur aux objectifs fixés par les autorités.
L’ambition d’une transformation locale de l’or
Au-delà du contrôle de la commercialisation, le gouvernement veut également développer une chaîne de valeur locale autour du métal jaune.
En juin 2025, les autorités ont lancé à Sénou, près de Bamako, la construction d’une raffinerie d’or en partenariat avec des entreprises russes.
Dotée d’une capacité de traitement annoncée de 200 tonnes par an, cette infrastructure doit permettre :
- d’améliorer la traçabilité de l’or malien ;
- de réduire les exportations d’or brut ;
- d’accroître la valeur ajoutée générée localement.
Le défi de la formalisation du secteur
Si la création de l’OMASP constitue une avancée majeure dans la réforme du secteur minier, son efficacité dépendra de sa capacité à intégrer progressivement les acteurs de l’orpaillage artisanal dans le circuit formel.
Les autorités devront notamment définir les modalités de contrôle des comptoirs d’achat, des collecteurs, des petites mines et des exportateurs, tout en tenant compte de la réalité socio-économique de cette activité, qui fait vivre des milliers de familles dans les zones rurales.
La réussite de cette réforme sera également conditionnée par la lutte contre la contrebande, la fraude, l’insécurité sur les sites d’exploitation et les nombreux accidents qui affectent encore le secteur. Si ces défis sont relevés, l’OMASP pourrait devenir un instrument clé pour renforcer la souveraineté économique du Mali et maximiser les retombées de ses ressources aurifères.







