Lac Tchad : la BAD lance un projet de 10 millions de dollars pour préparer la restauration du bassin
Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et les cinq États membres de l’organisation régionale ont officiellement lancé le Projet d’assistance technique à la restauration des fonctions écologiques et économiques du bassin du lac Tchad (PARFEBALT). Dotée d’un financement de 10 millions de dollars, cette initiative vise à préparer les investissements nécessaires à la revitalisation durable du lac Tchad, dont le recul spectaculaire constitue l’un des plus grands défis environnementaux et socio-économiques du continent africain.
Le lancement officiel du projet est intervenu en mai dernier à N’Djamena, lors d’un atelier réunissant les représentants des États membres, des partenaires techniques et financiers ainsi que des experts de la gestion des ressources en eau.
Un projet pour préparer les investissements de demain
Le PARFEBALT bénéficie d’un financement du Fonds africain de développement, le guichet concessionnel du Groupe de la BAD, à hauteur d’environ 10 millions de dollars américains. La Commission du bassin du lac Tchad apporte également une contribution représentant 10 % du coût total du projet.
L’objectif n’est pas de financer directement des infrastructures, mais de créer les conditions techniques, institutionnelles et scientifiques nécessaires à un vaste programme régional de restauration du bassin.
Le projet entend notamment :
- améliorer les connaissances sur les ressources en eau ;
- renforcer la gouvernance des ressources hydriques et des écosystèmes ;
- préparer les investissements structurants destinés à restaurer les fonctions écologiques et économiques du lac Tchad.
Le bassin du lac Tchad, un espace vital pour plus de 40 millions de personnes
À l’ouverture de l’atelier, Passalet Kanabé Marcelin, ministre tchadien de l’Eau et de l’Énergie et président en exercice du Conseil des ministres de la CBLT, a rappelé le caractère stratégique du bassin.
Des dizaines de millions de personnes dépendent directement du lac Tchad pour leurs activités agricoles, la pêche, l’élevage ou encore l’approvisionnement en eau.
Mais cette région est aujourd’hui confrontée à une combinaison de défis majeurs :
- le changement climatique ;
- la dégradation des écosystèmes ;
- la pression croissante sur les ressources naturelles ;
- l’insécurité et les conflits liés à l’accès aux ressources.
Pour le ministre, le PARFEBALT constitue avant tout un projet destiné à préparer l’avenir en renforçant les connaissances scientifiques et la gouvernance des ressources en eau.
Des études pour restaurer durablement le niveau du lac
Le projet prévoit la réalisation de plusieurs études techniques destinées à identifier les meilleures solutions pour restaurer durablement le bassin.
Les experts travailleront notamment sur :
- l’amélioration de l’hydraulicité des systèmes Chari-Logone et Komadougou-Yobé, principaux affluents alimentant le lac ;
- les options d’aménagement permettant d’accroître durablement les apports en eau ;
- l’évaluation des impacts environnementaux, climatiques, économiques et sociaux des différents scénarios de restauration.
Ces travaux devront servir de base aux futurs investissements régionaux.
Un système régional d’alerte contre les sécheresses et les inondations
Face à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes, le PARFEBALT prévoit également de renforcer les capacités d’anticipation des États membres.
Le projet financera notamment :
- un système régional d’alerte précoce contre les inondations et les sécheresses ;
- des outils modernes de modélisation hydrologique ;
- des dispositifs de planification intégrée des ressources en eau.
Ces équipements permettront aux pays du bassin de disposer de données plus fiables pour orienter leurs politiques publiques et améliorer la résilience des populations.
Le lac Tchad a perdu près de 90 % de sa superficie
Intervenant au nom de la Banque africaine de développement, Francis Dogo, responsable du bureau pays de l’institution au Tchad, a rappelé l’ampleur de la dégradation du lac.
Selon lui, le lac Tchad, autrefois l’une des plus vastes réserves d’eau douce de surface d’Afrique, est passé d’environ 25 000 km² dans les années 1960 à près de 2 500 km² durant les périodes les plus sèches, même si une amélioration a été observée ces dernières années.
Cette évolution est attribuée à plusieurs facteurs :
- les sécheresses répétées ;
- les inondations ;
- la surexploitation des ressources naturelles ;
- les conflits entre agriculteurs et éleveurs ;
- l’insécurité persistante dans la région.
Pour la BAD, seule une gestion concertée des ressources en eau transfrontalières permettra d’assurer la sécurité alimentaire, la stabilité régionale et le développement durable.
Poser les bases d’un vaste programme régional d’investissement
Au-delà des études, le PARFEBALT doit servir de catalyseur pour mobiliser des financements beaucoup plus importants en faveur de la restauration du bassin du lac Tchad.
À terme, les partenaires ambitionnent de mettre en œuvre un programme régional capable de :
- restaurer les fonctions hydrauliques du lac ;
- soutenir les activités agricoles, pastorales et halieutiques ;
- renforcer la résilience des populations face aux chocs climatiques ;
- contribuer à la stabilité économique et sociale d’une région qui abrite plus de 40 millions d’habitants.
À l’issue de l’atelier, les participants ont recommandé de renforcer la communication autour du projet, d’accélérer la mise en place des structures nationales de coordination, de consolider le comité technique de suivi et d’améliorer les mécanismes de suivi-évaluation.
Réaffirmant l’engagement de la Banque africaine de développement, Francis Dogo a conclu sur une note de confiance : « Nous avons le devoir de réussir et nous réussirons. »







