La BAD prépare son plan 2027-2033 pour accélérer l’emploi des jeunes en Afrique
Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) franchit une nouvelle étape dans sa stratégie en faveur de l’emploi des jeunes. L’institution a achevé à Abuja, au Nigeria, une consultation de quatre jours réunissant un large éventail d’acteurs afin de contribuer à l’élaboration de son futur Plan d’action pour les compétences et l’emploi des jeunes en Afrique 2027-2033.
Cette initiative vise à définir une feuille de route continentale capable de répondre aux défis persistants du chômage et de l’inadéquation entre les compétences acquises par les jeunes et les besoins du marché du travail.
Le Nigeria au cœur de la réflexion continentale
Avec plus de 220 millions d’habitants dont près de 68 % ont moins de 30 ans, le Nigeria constitue un laboratoire stratégique pour la conception de cette nouvelle politique. Le pays est étudié aux côtés de plusieurs autres États africains, notamment le Maroc, la République démocratique du Congo, le Mozambique et le Kenya.
Les consultations ont réuni des représentants des ministères fédéraux, des partenaires au développement, des établissements d’enseignement supérieur et de formation professionnelle, des organisations de jeunesse, des associations de femmes ainsi que des acteurs de la société civile.
L’objectif est d’identifier les obstacles qui limitent l’insertion professionnelle des jeunes et de proposer des solutions adaptées aux réalités du continent.
Un décalage persistant entre formation et emploi
Malgré l’expansion rapide de l’enseignement supérieur nigérian, qui compte aujourd’hui plus de 300 établissements universitaires et de formation, les performances en matière d’emploi demeurent insuffisantes.
Les participants ont souligné que les programmes de formation restent souvent déconnectés des besoins réels des entreprises. Cette situation contribue à alimenter le chômage des diplômés et favorise le phénomène du « Japa », terme populaire au Nigeria désignant l’émigration croissante des jeunes talents vers l’étranger.
Selon les experts réunis à Abuja, l’absence de parcours structurés d’apprentissage en entreprise et le caractère parfois obsolète des cursus constituent des freins majeurs à l’employabilité.
L’insécurité et le manque d’opportunités alimentent un cercle vicieux
Les échanges ont également mis en lumière ce que plusieurs intervenants qualifient « d’effet boomerang ». Le manque d’opportunités économiques favorise l’insécurité dans certaines régions, tandis que cette insécurité décourage les investissements privés nécessaires à la création d’emplois.
Pour Abdul Danbature, président de l’association Arewa Youth, les opportunités demeurent largement concentrées dans les grands centres urbains alors que les jeunes des zones rurales ou défavorisées peinent à accéder aux programmes de soutien.
Les participants ont ainsi plaidé pour une approche plus inclusive capable d’atteindre les populations les plus éloignées des centres économiques.
Miser sur les modèles locaux d’entrepreneuriat
Parmi les recommandations formulées figure la valorisation de modèles africains de transmission des compétences. Les parties prenantes ont notamment cité le système « Nwa Boy », également appelé modèle d’apprentissage Igbo.
Ce mécanisme traditionnel permet à de jeunes entrepreneurs d’acquérir des compétences commerciales auprès de chefs d’entreprise expérimentés grâce à un accompagnement structuré. À terme, les apprentis bénéficient souvent d’un soutien financier ou matériel pour lancer leur propre activité.
Ce modèle est considéré comme une source d’inspiration pour les futurs programmes « Learning to Earn » que la Banque pourrait développer à l’échelle continentale.
Renforcer les initiatives déjà engagées
La future stratégie s’appuiera également sur plusieurs programmes déjà déployés par la BAD au Nigeria, notamment :
- IDiCE (Investment in Digital and Creative Enterprises) ;
- Youth Entrepreneurship Investment Bank (YEIB) ;
- D-VIBE (Digital Value Chain Infrastructure) ;
- Le Projet d’électrification du Nigeria (NED), financé à hauteur de 200 millions de dollars.
Ces initiatives visent à créer davantage d’emplois en soutenant l’entrepreneuriat, l’innovation numérique et le développement des infrastructures.
Une stratégie continentale attendue en 2027
Les conclusions de la consultation d’Abuja viendront alimenter l’évaluation finale de la Stratégie pour l’emploi des jeunes en Afrique (2016-2025) ainsi que du Plan d’action pour le développement des compétences pour l’employabilité et la productivité en Afrique (2022-2025).
Selon Abdul Kamara, directeur général du Groupe de la Banque africaine de développement au Nigeria, le futur plan devra mettre l’accent sur le développement des écosystèmes économiques, l’accès au financement et l’inclusion des communautés mal desservies.
Prévue pour 2027, la nouvelle stratégie ambitionne de transformer le potentiel démographique africain en un puissant moteur de croissance économique durable, en plaçant les jeunes au centre des politiques de développement du continent.






