Dans un contexte de resserrement monétaire marqué par la récente hausse de 25 points de base des taux directeurs de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), les États de la Cemac intensifient leur recours au marché régional des titres publics pour financer leurs budgets. Entre janvier et mars 2026, plus de 1 000 milliards de FCFA devraient être mobilisés via des émissions de bons et d’obligations du Trésor, avec des stratégies contrastées selon les pays.
Le Cameroun, premier emprunteur de la sous-région
Première économie de la Cemac, le Cameroun s’impose comme le principal émetteur sur le marché au premier trimestre 2026. Le pays prévoit de lever 320 milliards de FCFA sur la période, soit près d’un tiers des besoins de financement annoncés par l’ensemble des États de la zone.
La stratégie de Yaoundé repose sur une présence quasi continue sur le marché, avec des adjudications régulières destinées à capter une large part de la liquidité bancaire régionale. Le pic des émissions est attendu en février, avec un volume de 160 milliards de FCFA.
Le Trésor camerounais combine des instruments de court et de moyen-long termes, alternant émissions de bons du Trésor assimilables (BTA) et d’obligations du Trésor assimilables (OTA), dont les maturités s’échelonnent de trois à dix ans. Une approche qui vise à lisser le profil de la dette tout en sécurisant des ressources budgétaires substantielles.
Le Gabon privilégie des taux attractifs pour séduire les investisseurs
À l’inverse, le Gabon mise davantage sur l’attractivité des rendements pour mobiliser les investisseurs. Sur l’ensemble du premier trimestre, Libreville prévoit de lever entre 201 et 231 milliards de FCFA, dont 126 milliards en BTA et 75 à 105 milliards en OTA.
Les émissions gabonaises se distinguent par des taux d’intérêt élevés, pouvant atteindre 7,50 % sur les obligations à sept ans, 7,00 % sur trois ans et 6,75 % sur cinq ans. Une stratégie assumée, dans un environnement de concurrence accrue entre États, afin de capter l’épargne disponible malgré le durcissement des conditions de financement.
Des stratégies différenciées dans la Cemac
Derrière le duo Cameroun–Gabon, les autres pays de la sous-région affichent également des besoins significatifs. Le Congo adopte une posture offensive avec 110 milliards de FCFA dès janvier, pour un objectif trimestriel de 195 milliards. Le Tchad, plus flexible, vise une enveloppe comprise entre 120 et 180 milliards de FCFA, ajustable selon les conditions de marché.
La Guinée équatoriale privilégie le court terme, avec 154 milliards de FCFA essentiellement en bons du Trésor, tandis que la République centrafricaine affiche des besoins plus modestes, estimés à environ 40 milliards de FCFA, complétés par une opération de rachat de dette de 7,5 milliards.
Un marché plus exigeant sous l’effet du resserrement monétaire
La montée en puissance des émissions intervient alors que la BEAC a durci sa politique monétaire afin de contenir les pressions inflationnistes. Cette orientation limite la capacité des banques commerciales à accorder des crédits, rendant le marché des titres publics encore plus stratégique pour les États.
Dans ce contexte, la concurrence entre émetteurs devrait s’intensifier au sein de la Cemac, opposant des stratégies fondées soit sur le volume, soit sur l’attractivité des taux. Pour les investisseurs, le premier trimestre 2026 s’annonce ainsi comme une période clé, marquée par une offre abondante et des arbitrages renforcés entre rendement et risque souverain.







