Les parlementaires américains ont franchi une étape décisive vers la reconduction de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un dispositif clé de la politique commerciale des États-Unis à l’égard de l’Afrique subsaharienne. La Chambre des représentants a approuvé, dans la soirée du lundi 12 janvier, un projet de loi visant à prolonger le régime préférentiel jusqu’au 31 décembre 2028, après son expiration le 1er octobre 2025.
Adopté par 340 voix sur 394 votants, le texte intitulé AGOA Extension Act doit désormais être examiné par le Sénat. En cas de vote favorable, il permettra de rétablir l’accès en franchise de droits de douane à un large éventail de produits exportés par les pays africains éligibles vers le marché américain.
Un rétablissement partiel des préférences commerciales
Le projet de loi prévoit également une mesure de remboursement des droits de douane appliqués aux produits provenant de pays éligibles et entrés sur le territoire américain entre le 30 septembre 2025 et la date d’entrée en vigueur effective de la prorogation.
Toutefois, le texte laisse subsister des zones d’ombre. Si la prorogation annule les droits de douane classiques, elle ne protège pas contre les taxes spécifiques imposées directement par la Maison Blanche, dans un contexte marqué par la politique commerciale plus restrictive de l’administration Trump.
Des incertitudes géopolitiques persistantes
La question du maintien de l’Afrique du Sud parmi les bénéficiaires du programme demeure sensible. Les relations entre Pretoria et Washington se sont récemment détériorées, l’administration américaine accusant le pays de discriminations internes et de rapprochement stratégique avec des puissances rivales, notamment la Chine, la Russie et l’Iran.
Ces tensions ont été ravivées par la participation de ces pays à des manœuvres navales conjointes au large des côtes sud-africaines, un épisode cité par plusieurs membres du Congrès comme un facteur de préoccupation stratégique.
L’AGOA, un outil face à l’influence chinoise
Au-delà de l’enjeu commercial, la prorogation de l’AGOA répond à une logique géopolitique assumée. Le texte souligne que l’Afrique concentre près de 30 % des ressources mondiales en minerais critiques, tandis que la Chine y a investi entre 8 et 10 milliards de dollars pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement.
« L’AGOA est l’un de nos outils les plus précieux pour garantir notre sécurité économique et nationale à long terme. Une interruption prolongée créerait un vide que des acteurs comme la Chine et la Russie chercheraient à combler », indique le document soumis au Congrès.
Cette démarche intervient alors que Pékin a récemment supprimé tous les droits de douane sur les importations provenant de 53 pays africains, accentuant la concurrence entre grandes puissances pour l’influence économique sur le continent.
Un dispositif structurant pour l’Afrique subsaharienne
Lancé en mai 2000, l’AGOA permettait jusqu’à son expiration en 2025 aux pays d’Afrique subsaharienne admissibles d’exporter plus de 1 700 produits vers les États-Unis sans droits de douane. La liste des pays bénéficiaires est révisée chaque année par Washington, selon des critères incluant le respect de l’économie de marché, de l’État de droit, de la gouvernance démocratique et des politiques de lutte contre la pauvreté.
Si elle est définitivement adoptée, la prorogation de l’AGOA jusqu’en 2028 offrirait une bouffée d’oxygène commerciale aux économies africaines concernées, tout en confirmant la volonté des États-Unis de rester un acteur économique majeur en Afrique face à la montée en puissance de ses rivaux stratégiques.







