Une expansion soutenue de la masse monétaire
Dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, la dynamique monétaire s’est nettement accélérée à fin décembre 2025. Selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, la masse monétaire a progressé de 17,4 % en glissement annuel, contre 15,1 % trois mois auparavant.
Cette évolution traduit une intensification des flux financiers dans la sous-région, portée à la fois par l’amélioration des échanges extérieurs et par une mobilisation accrue des financements.
Des moteurs solides : actifs extérieurs et crédit intérieur
La hausse de la masse monétaire repose sur deux principaux leviers :
- Les actifs extérieurs nets, en hausse de plus de 8 400 milliards FCFA, grâce à un solde extérieur favorable
- Les créances intérieures, en progression de plus de 4 000 milliards FCFA, tirées par les financements aux États et au secteur privé
Cette configuration reflète une économie régionale dynamique, soutenue par des flux extérieurs et une activité de financement en reprise.
Une liquidité bancaire en nette amélioration
Au quatrième trimestre 2025, les conditions de liquidité se sont sensiblement assouplies dans l’Union monétaire ouest-africaine.
Cette amélioration s’explique notamment par :
- Un excédent des transferts de fonds
- Une meilleure circulation des liquidités dans le système bancaire
Conséquence directe :
- Le taux moyen des bons du Trésor recule à 5,88 % (-95 points de base)
- Les rendements obligataires progressent légèrement à 7,39 %
Ces évolutions traduisent une fluidité accrue du marché monétaire régional.
Une reprise modérée du crédit à l’économie
Le financement bancaire montre des signes de reprise, bien que mesurés. Le taux de croissance des crédits à l’économie atteint 5,6 % fin 2025, contre 4,5 % un an plus tôt.
Cependant, ce niveau reste inférieur à la moyenne observée entre 2022 et 2024 (9,4 %), traduisant une prudence persistante des établissements financiers.
Dans le même temps, le taux débiteur moyen s’établit à 6,73 %, en légère hausse, confirmant un environnement de crédit encore encadré.
Une politique monétaire plus accommodante
Face à cette configuration, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a opté pour un assouplissement de sa politique monétaire.
Les principales mesures incluent :
- Une baisse du taux minimum de soumission de 3,25 % à 3 %
- Une réduction du taux du guichet de prêt marginal de 5,25 % à 5 %
- Le maintien du coefficient des réserves obligatoires à 3 %
L’objectif est clair : stimuler le financement du secteur privé tout en préservant la stabilité du système financier.
Des perspectives de croissance solides mais prudentes
L’activité économique dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine reste bien orientée :
- 6,7 % de croissance en 2025
- 6,4 % attendus en 2026
- 6,3 % en 2027
Sur le plan des prix, l’inflation devrait revenir progressivement dans la cible de la banque centrale (1 % à 3 %) :
- 1,4 % en 2026
- 2,1 % en 2027
Des risques inflationnistes à surveiller
Malgré ces perspectives favorables, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest alerte sur plusieurs facteurs de risque :
- Les tensions sécuritaires dans le Sahel
- Les incertitudes géopolitiques mondiales
- La hausse des coûts du transport et des importations
Ces éléments pourraient raviver les pressions inflationnistes à moyen terme.
Une dépendance persistante aux facteurs externes
La solidité des comptes extérieurs reste conditionnée à des variables exogènes :
- L’évolution des termes de l’échange
- L’accès aux financements extérieurs
- Les conditions climatiques et géopolitiques
Tout choc externe (qu’il soit climatique, économique ou politique) pourrait fragiliser la trajectoire actuelle.
Un équilibre à trouver entre croissance et stabilité
Au final, la dynamique observée dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine illustre un équilibre délicat entre expansion monétaire et stabilité macroéconomique.
Si la liquidité abondante et la progression de la masse monétaire soutiennent l’activité, elles posent également la question de la soutenabilité du crédit et du contrôle de l’inflation dans les mois à venir.







