Un plan de 101,8 milliards de dinars pour relancer l’économie
La Tunisie veut accélérer sa transformation économique. Adopté le 10 juillet 2026 par l’Assemblée, le Plan de développement économique et social 2026-2030 ambitionne de remettre le pays sur une trajectoire de croissance plus soutenue.
Le programme prévoit environ 21 100 projets et programmes pour un volume total d’investissements estimé à 101,8 milliards de dinars, soit près de 30 milliards d’euros.
Le gouvernement table notamment sur une croissance moyenne du PIB de 4,2 % par an, avec un rythme qui devrait atteindre 5,1 % en 2030.
Des objectifs particulièrement ambitieux au regard des performances récentes de l’économie tunisienne.
Une croissance de 4,2 % : un pari difficile
La première incertitude concerne la capacité de l’économie à changer rapidement de rythme.
Entre 2023 et 2025, la croissance tunisienne a évolué autour de 1,5 %, tandis que les prévisions internationales pour 2026 restent proches de 2,1 %.
Passer d’un rythme aussi faible à une croissance moyenne de 4,2 % nécessiterait donc une accélération importante de l’investissement, de la productivité et de l’activité industrielle.
Le défi sera notamment de renforcer les secteurs capables de générer une croissance durable, en particulier l’industrie, les exportations et l’investissement privé.
Sans amélioration significative de ces moteurs, l’objectif de 4,2 % pourrait rester difficile à atteindre.
L’État face à une forte contrainte financière
Le financement du plan constitue un autre défi majeur.
L’État devrait assurer environ 61 % des ressources nécessaires à sa mise en œuvre. Cette contribution intervient alors que la dette publique tunisienne représente environ 84 % du PIB, selon les données de la Banque centrale.
Cette situation limite les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.
La Tunisie devra en effet financer simultanément les infrastructures, les politiques sociales, le développement régional et les investissements prévus dans le nouveau plan.
L’équation financière apparaît donc particulièrement complexe.
Le secteur privé appelé à jouer un rôle central
Dans ce contexte, la participation du secteur privé devient indispensable.
Le gouvernement devra parvenir à mobiliser davantage de capitaux nationaux et étrangers pour compléter les ressources publiques.
Mais l’attractivité de la Tunisie dépendra largement de sa capacité à améliorer son environnement des affaires. La réduction des lourdeurs administratives, la sécurité juridique et une meilleure visibilité réglementaire constituent des conditions importantes pour encourager les investisseurs à s’engager sur le long terme.
Sans amélioration du climat des affaires, le risque est de voir une partie des investissements annoncés rester difficile à mobiliser.
Plus de 21 000 projets retenus
Le plan repose également sur une nouvelle approche davantage orientée vers les territoires.
Sur 40 748 projets initialement proposés par les collectivités locales, 21 091 ont finalement été retenus.
Cette sélection doit permettre de mieux adapter les investissements aux besoins des différentes régions du pays.
Mais la multiplication des projets pose également la question de la capacité d’exécution de l’administration. Les autorités devront notamment composer avec des difficultés déjà identifiées, comme les lenteurs administratives, les contraintes foncières, les problèmes de financement et la coordination entre les différentes administrations.
Lire aussi : Tunisie : accélèration des réformes du Plan 2026-2030
L’exécution sera le véritable test
Le nouveau plan entend tirer les leçons de l’expérience du Plan 2023-2025.
L’enjeu n’est donc plus seulement de présenter un volume important de projets ou des objectifs de croissance ambitieux. La crédibilité du programme dépendra surtout de sa capacité à produire des résultats concrets.
Cela implique notamment de renforcer le suivi des projets, d’améliorer la coordination administrative et de sécuriser les financements nécessaires à leur réalisation.
Le passage des annonces à l’exécution constituera ainsi l’un des principaux indicateurs de réussite du programme.
Des réformes indispensables pour atteindre 2030
Au-delà des investissements, la réussite du plan dépendra également de réformes structurelles.
La productivité, l’éducation, la fiscalité et le climat des affaires figurent parmi les domaines susceptibles de déterminer la capacité de l’économie tunisienne à accélérer durablement.
Une augmentation ponctuelle des investissements ne suffira pas nécessairement à porter la croissance à plus de 4 % si les contraintes structurelles qui freinent l’activité privée et la productivité persistent.
La Tunisie face au défi de la crédibilité
Le Plan de développement 2026-2030 constitue donc une tentative ambitieuse de relancer la programmation économique de moyen terme en Tunisie.
Avec 101,8 milliards de dinars d’investissements et une croissance moyenne ciblée à 4,2 %, le gouvernement affiche une trajectoire volontariste.
Mais les contraintes financières, la dette publique élevée, les difficultés d’exécution et les fragilités du climat des affaires pourraient compliquer sa réalisation.
D’ici 2030, le véritable enjeu pour la Tunisie ne sera donc pas seulement de financer un plan ambitieux, mais de démontrer qu’elle est capable de transformer les investissements annoncés en croissance, en emplois et en gains durables de productivité.








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