Alors que la tendance générale des États de l’UEMOA est de renforcer leur présence dans le secteur bancaire, le Togo a longtemps suivi une voie différente, marquée par un désengagement progressif. Cependant, un changement de cap s’opère avec la décision de maintenir l’Union Togolaise de Banque (UTB) dans le giron public, malgré les pressions du Fonds Monétaire International (FMI) pour plus de privatisation.
Unique banque publique togolaise après les privatisations successives de la Banque Togolaise pour le Développement (BTD), de la Banque Populaire pour l’Épargne et le Crédit (BPEC) et de la Banque Togolaise de Commerce et d’Industrie (BTCI), l’UTB représente un outil stratégique pour le Togo. Malgré ce statut, sa situation financière reste préoccupante.
Au premier trimestre 2024, le gouvernement a procédé à une recapitalisation discrète de l’UTB, redressant ainsi ses fonds propres négatifs pour les ramener à zéro. Cette opération de sauvetage, validée par un notaire, a été essentielle pour écarter une intervention de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Selon des sources locales, le montant exact de l’injection de capitaux reste confidentiel, bien que la Loi de finances ait prévu une enveloppe de 13 milliards de FCFA (environ 21,4 millions de dollars) pour soutenir cette recapitalisation, ainsi que 66,9 milliards de FCFA destinés à l’acquisition des infrastructures de l’UTB et de l’IB Bank.
Malgré la recapitalisation, les deux banques, UTB et IB Bank, concentrent environ 18,9 % des actifs bancaires du Togo, mais leurs capitaux propres demeurent faibles. Le ratio de solvabilité du secteur bancaire togolais, bien qu’ayant atteint 7,5 % en mars 2024, reste en dessous de la norme réglementaire minimale de 11,5 %, malgré une amélioration notable par rapport aux 5 % de fin 2023.
Cette situation ne manque pas d’inquiéter le FMI, qui incite les autorités togolaises à réformer la gouvernance des entreprises publiques pour limiter les risques budgétaires. En effet, l’appui de l’État à l’UTB et à l’IB Bank pourrait aggraver le déficit public de 1,1 % du PIB, pesant davantage sur les finances publiques.
Pour stabiliser et relancer l’UTB, le gouvernement togolais a nommé Simplice Toyi Assih en tant que Directeur Général en août 2024. Fort de plus de 23 ans d’expérience dans le secteur financier, Assih a pour mission de restaurer la confiance des créanciers et des clients, tout en garantissant une conformité stricte aux exigences de la Commission Bancaire de l’UEMOA.
L’État n’exclut pas d’autres injections de capitaux pour consolider la position de l’UTB, malgré l’échec d’une tentative de vente en début d’année, l’acheteur potentiel s’étant retiré après la recapitalisation. Dans cette optique, un audit indépendant a été commandé pour évaluer la santé financière de la banque et clarifier sa trajectoire de redressement.
La décision de garder l’UTB dans le portefeuille public s’inscrit dans une stratégie visant à préserver un outil financier national face à une conjoncture économique difficile et sous la surveillance étroite des institutions internationales. Les prochaines étapes de la réforme bancaire au Togo seront essentielles pour l’avenir de l’UTB, notamment en matière de gouvernance et de recapitalisation, afin de répondre aux défis économiques et de garantir la stabilité du système bancaire du pays.







