Le Togo accélère l’intégration du climat dans son budget
Le ministère de l’Économie et de la Veille Stratégique (MEVS) a lancé, le 3 août 2026, un atelier de formation consacré à la budgétisation verte. Organisée à la salle Entente du Centre administratif des services économiques et financiers (CASEF), la rencontre s’étale sur cinq jours, jusqu’au 7 août, avec pour objectif de renforcer les capacités des cadres publics et de préparer l’élaboration du Budget Vert 2027 du ministère.
L’ouverture des travaux a été présidée par Ahodo TCHAMDJA, Directeur général des Études et Analyses économiques (DGEAE), représentant le ministre de l’Économie et de la Veille Stratégique, Badanam PATOKI. Mme Akouvi Valérie KOUHOUE, point focal du ministère des Finances et du Budget en matière de budgétisation verte, participe également aux travaux.
Au-delà d’une simple formation technique, l’atelier s’inscrit dans la volonté des autorités togolaises d’intégrer progressivement les considérations climatiques et environnementales dans l’ensemble du processus budgétaire.
Le Budget Vert devient un outil de décision publique
Pour Ahodo TCHAMDJA, la budgétisation verte ne consiste pas à créer un budget séparé consacré à l’environnement. Elle implique une transformation plus profonde de la manière dont l’État conçoit et arbitre ses dépenses.
L’approche consiste à intégrer les considérations environnementales et climatiques dans l’ensemble du cycle budgétaire, depuis la planification stratégique jusqu’à l’évaluation des dépenses, en passant par la programmation, l’arbitrage et le suivi de l’exécution.
Elle permet notamment d’identifier les dépenses favorables, défavorables ou neutres au climat et à l’environnement. L’objectif est ainsi d’améliorer la cohérence des politiques publiques, de renforcer la transparence budgétaire et d’orienter progressivement les ressources vers des investissements favorables à une croissance durable.
Depuis 2025, le Budget Vert est annexé à la Loi de Finances au Togo. Cette démarche permet notamment de mieux apprécier l’impact environnemental et climatique des choix budgétaires de l’État.
Les changements climatiques exercent une pression sur les finances publiques
L’urgence de cette démarche est également liée aux conséquences économiques croissantes du changement climatique. Sécheresses, inondations, érosion côtière et variabilité des précipitations affectent directement plusieurs secteurs stratégiques de l’économie togolaise.
L’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les ressources en eau figurent parmi les secteurs particulièrement exposés. Ces chocs peuvent entraîner des pertes économiques, accentuer les vulnérabilités sociales et accroître la pression exercée sur les finances publiques.
Dans ce contexte, la budgétisation verte doit permettre à l’État de mieux anticiper les risques climatiques et d’intégrer leur coût potentiel dans ses décisions d’investissement.
« Le climat ne négocie pas. Il impose », a notamment déclaré Ahodo TCHAMDJA, soulignant que l’intégration du climat dans les choix budgétaires constitue désormais un impératif de gouvernance économique.
Lire aussi : Togo : adoption du budget vert 2026 pour un développement durable
Former les cadres pour préparer le Budget Vert 2027
L’atelier vise principalement à renforcer la compréhension des principes de la budgétisation verte, à favoriser leur appropriation par les cadres et à améliorer la prise en compte des enjeux climatiques dans la programmation et l’allocation des ressources publiques.
La première phase, organisée du 3 au 7 août 2026, est animée par deux experts du ministère des Finances et deux experts du ministère de l’Environnement.
Les travaux doivent notamment permettre aux participants de :
- comprendre les concepts clés de la budgétisation verte ;
- maîtriser la méthodologie d’élaboration du Budget Vert ;
- s’approprier les outils de marquage des activités du budget-programme du MEVS ;
- réaliser le marquage des activités du PTBA 2027 du ministère.
Une deuxième phase est prévue au quatrième trimestre 2026. Elle sera consacrée à la finalisation du document Budget Vert 2027 du MEVS.
Un marquage des dépenses pour mieux orienter les ressources
À cette étape, la Cellule Budget Vert du MEVS, avec l’appui de deux personnes ressources, devra finaliser le marquage des activités et des projets, actualiser leurs coûts conformément à la lettre de cadrage 2027 et rédiger la partie narrative du document Budget Vert 2027.
À l’issue du processus, deux résultats sont attendus : des cadres mieux outillés et un document Budget Vert 2027 finalisé.
Cette démarche doit également contribuer à renforcer la capacité du Togo à mobiliser les financements climatiques internationaux. Ces ressources sont de plus en plus liées à la capacité des États à assurer la traçabilité, la transparence et l’évaluation des investissements consacrés au climat.
Vers une nouvelle conception de la dépense publique
Pour les autorités togolaises, l’enjeu dépasse donc la seule production d’un document budgétaire supplémentaire. Il s’agit de faire du climat un paramètre systématique de la décision publique.
Dans son intervention, Ahodo TCHAMDJA a rappelé que la Vision 2040 et la Feuille de route gouvernementale 2026-2031 accordent une place importante à la lutte contre les changements climatiques et à la transformation durable de l’économie.
L’ambition affichée est que chaque dépense publique puisse être évaluée au regard de son impact climatique et environnemental. À terme, le Budget Vert 2027 doit ainsi devenir un véritable outil d’aide à la décision, permettant de rapprocher allocation des ressources publiques, croissance économique, résilience et préservation de l’environnement.
Pour le Togo, l’enjeu est désormais de transformer cette orientation en pratiques budgétaires durables afin que la prise en compte du climat ne reste pas une démarche ponctuelle, mais devienne progressivement une composante systématique de la gestion des finances publiques.







