Sénégal : e-Justice et Jokkoo ak Yoon pour accélérer la transformation numérique de la justice
Le Sénégal accélère la transformation numérique de son système judiciaire. Le ministère de la Justice prévoit le lancement de deux plateformes numériques, e-Justice et Jokkoo ak Yoon, destinées à améliorer le traitement des procédures, le suivi des dossiers et les relations entre les juridictions et les citoyens.
Le lancement est prévu le jeudi 10 septembre 2026. Les deux solutions répondent à des besoins complémentaires dans un contexte marqué par un déficit important de personnel judiciaire et un volume élevé de procédures.
e-Justice pour dématérialiser les procédures judiciaires
La plateforme e-Justice vise à numériser plusieurs étapes du traitement des affaires judiciaires. Elle couvre notamment l’enrôlement, la gestion du rôle général, les activités du Parquet et du Greffe, l’instruction ainsi que le traitement des recours.
L’objectif est de fluidifier la circulation de l’information entre les différents services, de faciliter le suivi des dossiers et, à terme, de contribuer à réduire les délais de traitement.
Déployée par la Direction de la Dématérialisation et de l’Automatisation numérique (DDA) avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la solution est actuellement expérimentée au Tribunal de Grande Instance de Pikine-Guédiawaye.
Un dispositif expérimenté dans un tribunal sous pression
Le choix de Pikine-Guédiawaye intervient alors que les juridictions sénégalaises font face à un manque de personnel. Selon le ministère de la Justice, le Sénégal compte actuellement 436 magistrats en fonction pour un besoin estimé à 1 324.
La situation est particulièrement tendue à Pikine-Guédiawaye. Le tribunal ne dispose que de 9 juges du siège sur les 23 requis. Le parquet a par ailleurs enregistré plus de 16 000 plaintes en 2025, dont 4 728 au premier trimestre 2026.
Le diagnostic réalisé par le ministère faisait également état de plus de 1 000 détenus provisoires au sein de la juridiction. Dans ce contexte, la dématérialisation apparaît comme un levier pour améliorer l’organisation du travail et le suivi des procédures.
Jokkoo ak Yoon rapproche la justice des citoyens
La seconde plateforme, Jokkoo ak Yoon, est davantage orientée vers les usagers. Elle doit faciliter les échanges entre les citoyens et les services judiciaires grâce à plusieurs canaux de communication, notamment le numéro vert, les SMS, l’USSD ainsi que les messages audio et vidéo.
Les utilisateurs pourront notamment signaler les difficultés rencontrées dans les juridictions et suivre leur prise en charge.
Le dispositif prévoit également le recours aux langues nationales, notamment à travers les échanges oraux. Cette orientation vise à rendre les services judiciaires numériques plus accessibles à une population aux profils et aux niveaux de maîtrise du numérique variés.
Vers une justice davantage dématérialisée d’ici 2027
Le déploiement de ces deux plateformes s’inscrit dans le Schéma directeur numérique de la justice, qui prévoit à l’horizon 2027 une dématérialisation accrue des procédures et une numérisation des flux d’information.
Certains services sont déjà accessibles en ligne à travers e-Sénégal, notamment la demande du casier judiciaire et du certificat de nationalité. D’autres fonctionnalités doivent progressivement être développées, parmi lesquelles le recouvrement des amendes, l’archivage électronique, la naturalisation et la gestion électronique du courrier.
Avec e-Justice et Jokkoo ak Yoon, le Sénégal cherche ainsi à utiliser le numérique pour réduire les délais, améliorer la gestion des dossiers et renforcer l’accès des citoyens aux services judiciaires.







