Sénégal : 109 blocs pétroliers et gaziers ouverts aux investisseurs
Le Sénégal s’apprête à ouvrir une large partie de son potentiel pétrolier et gazier aux investisseurs locaux et internationaux. Dakar va proposer 109 blocs pétroliers et gaziers dans le cadre d’un roadshow destiné à présenter les opportunités du secteur.
L’annonce a été faite mercredi 9 septembre 2026 par le ministre de l’Énergie, El Hadji Abdourahmane Diouf, alors que le gouvernement poursuit la réorientation de sa politique de gestion des ressources naturelles.
Sur les 113 blocs que compte le Sénégal, seuls quatre sont actuellement sous contrat. L’ouverture de ces nouveaux périmètres doit notamment permettre d’attirer des investissements et de favoriser l’émergence de champions nationaux dans les secteurs de l’énergie, du pétrole et du gaz.
Une nouvelle approche dans l’exploitation des ressources
Cette initiative intervient après l’audit annoncé par le nouvel exécutif en 2024 sur les contrats miniers, pétroliers et gaziers. Le gouvernement entendait alors examiner les accords conclus avec les groupes étrangers au regard de « l’intérêt national » et déterminer les éventuels ajustements à apporter.
Les nouveaux permis constituent, à cet égard, un espace privilégié pour appliquer cette orientation dès la négociation initiale. Contrairement aux contrats déjà signés, les autorités disposent ici d’une plus grande marge pour définir les conditions d’exploitation et les retombées attendues pour l’économie sénégalaise.
Cette approche intervient alors que Dakar remet plus largement en question certains modèles de concessions de longue durée. Les autorités estiment que des contrats pouvant s’étendre sur 30 à 50 ans doivent être davantage alignés sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux actuels.
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Le précédent de Sangomar et GTA
La réflexion sur la gouvernance des hydrocarbures s’est notamment concentrée sur les deux grands projets qui ont marqué l’entrée du Sénégal dans l’ère pétro-gazière.
Le champ Sangomar, exploité par Woodside, a permis au Sénégal de devenir producteur de pétrole en juin 2024. Le projet vise une production d’environ 100 000 barils par jour.
De son côté, Greater Tortue Ahmeyim (GTA), développé avec la Mauritanie et piloté par BP, est consacré à la production de gaz naturel liquéfié. Sa première phase, entrée en production en 2025, dispose d’une capacité d’environ 2,3 millions de tonnes de GNL par an, avec un potentiel appelé à dépasser 10 millions de tonnes à terme.
Les discussions autour de ces projets ont illustré les tensions entre les intérêts de l’État, les conditions contractuelles et les impératifs économiques liés au développement de l’industrie.
En mai, Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz, indiquait ainsi que Dakar n’excluait aucune option, y compris un recours à l’arbitrage international, dans ses discussions avec BP et Woodside.
Plus tôt, en mars, le Premier ministre d’alors, Ousmane Sonko, avait également déclaré que le Sénégal ne souhaitait plus « signer des concessions » avant de se retrouver plusieurs décennies plus tard face aux conséquences de ces engagements.
Les autorités mettent par ailleurs en avant les impacts environnementaux et sociaux de l’exploitation offshore, notamment sur le secteur de la pêche, qui fait vivre entre 600 000 et 700 000 Sénégalais.
Attirer les capitaux sans renoncer au contenu local
L’ouverture des 109 blocs ne signifie toutefois pas que Dakar souhaite se détourner des compagnies internationales. Le roadshow s’adresse également aux investisseurs étrangers, dont les capitaux et l’expertise restent nécessaires à l’exploration et au développement de projets pétroliers et gaziers.
L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre participation accrue des entreprises sénégalaises et maintien de l’attractivité du secteur pour les investisseurs internationaux.
Pour les nouveaux permis, le gouvernement pourra notamment intégrer ses exigences en matière de retombées économiques et de contenu local dès la phase de négociation. Cette possibilité distingue ces futurs contrats des accords déjà conclus avec les opérateurs présents dans les principaux projets en production ou en développement.
Une ouverture dans un contexte financier contraint
Cette nouvelle politique intervient également dans un environnement financier difficile pour l’État sénégalais. La dette publique exerce une forte pression sur les finances publiques et Dakar privilégie actuellement un reprofilage de sa dette, notamment à travers l’allongement de certaines maturités et la renégociation des taux d’intérêt, plutôt qu’une restructuration formelle.
Quelques jours avant l’annonce concernant les blocs, le gouvernement avait conclu avec le FMI un accord au niveau des services portant sur un programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.
L’ouverture des blocs n’est toutefois pas présentée comme une réponse directe aux difficultés budgétaires. Elle s’inscrit davantage dans la volonté de développer l’industrie pétro-gazière tout en augmentant la part des bénéfices économiques revenant au Sénégal.
Le marché face à la nouvelle doctrine de Dakar
Le roadshow constituera ainsi un premier test pour la nouvelle approche sénégalaise. En ouvrant 109 blocs, Dakar cherche à attirer de nouveaux opérateurs tout en imposant davantage de conditions liées au contenu local et aux retombées économiques.
La capacité du gouvernement à concilier ces exigences avec les conditions financières et techniques nécessaires à l’exploration sera déterminante.
Les offres qui suivront permettront surtout de mesurer l’attractivité du nouveau cadre sénégalais et de voir si cette doctrine peut effectivement déboucher sur de nouveaux investissements dans l’exploration pétrolière et gazière.







