RDC : Kinshasa affûte son dispositif avant la prochaine évaluation du GAFI
La République démocratique du Congo (RDC) veut franchir une nouvelle étape dans son processus de sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a officiellement lancé, ce lundi 7 Septembre au Centre financier de Kinshasa, les ateliers d’accompagnement technique destinés à préparer les institutions congolaises à la prochaine visite sur place des experts du GAFI.
La cérémonie s’est tenue en présence du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa. Au-delà de la préparation administrative, ces travaux visent surtout à permettre à la RDC de démontrer, sur la base de résultats concrets, que les réformes engagées produisent désormais des effets sur le terrain.
L’enjeu est majeur pour Kinshasa : convaincre les évaluateurs de la solidité et de la pérennité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT).
De la réforme des textes à la preuve de leur efficacité
Le principal défi de la prochaine évaluation sera de dépasser la seule conformité juridique.
Les ateliers doivent ainsi préparer les entités assujetties, les autorités d’enquête ainsi que les instances chargées des poursuites à documenter l’effectivité du dispositif national. Autrement dit, il ne s’agira plus seulement de montrer que les lois et mécanismes existent, mais de démontrer qu’ils sont effectivement utilisés et qu’ils permettent d’obtenir des résultats mesurables.
Dans cette perspective, les autorités congolaises devront notamment être en mesure de présenter des éléments crédibles concernant :
- l’identification et l’évaluation des risques ;
- la détection et la déclaration des opérations suspectes ;
- les enquêtes financières ;
- les poursuites judiciaires ;
- l’application de sanctions efficaces et proportionnées ;
- la saisie et la confiscation des avoirs d’origine criminelle.
Cette évolution traduit un changement de nature de l’évaluation : la RDC doit désormais transformer ses réformes en résultats documentés et vérifiables.
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Le secteur financier placé au cœur du dispositif
Dans son intervention, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a insisté sur la responsabilité du secteur privé dans la prévention des flux financiers illicites.
Les banques, les institutions financières non bancaires, les entreprises et les professions non financières désignées constituent, en effet, des points essentiels du dispositif de détection.
Le ministre les a donc appelés à renforcer leurs mécanismes de contrôle interne et leurs procédures de connaissance de la clientèle. Une attention particulière devra également être accordée à l’identification des bénéficiaires effectifs, à l’évaluation des risques et à la transmission des déclarations d’opérations suspectes à la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
L’objectif est clair : améliorer la capacité du système financier congolais à détecter les opérations susceptibles d’être liées à des activités criminelles et à transmettre rapidement les informations aux autorités compétentes.
23 actions largement mises en œuvre depuis 2024
Kinshasa part toutefois d’une situation plus favorable qu’au début de son processus de réforme.
Lors de sa session plénière de juin 2024 à Paris, le GAFI avait reconnu les avancées substantielles réalisées par la RDC et constaté que 23 actions inscrites dans son plan d’action avaient été largement mises en œuvre.
Ces progrès ont été rendus possibles par la mobilisation des autorités publiques, des institutions nationales, du secteur privé et des partenaires techniques de la RDC.
Mais pour le ministre des Finances, cette progression ne doit pas conduire au relâchement.
« Une chose est d’implémenter des réformes, une autre est de s’assurer de leur pérennisation », a-t-il déclaré.
Cette distinction sera déterminante lors de l’évaluation à venir. Le véritable test pour Kinshasa sera de démontrer que les mécanismes mis en place fonctionnent de manière régulière, coordonnée et durable.
La bataille des données et des cas concrets
L’un des axes prioritaires des ateliers concerne précisément la capacité des institutions congolaises à documenter leurs résultats.
Le ministre a demandé aux autorités d’enquête et de poursuite de s’appuyer sur des données fiables, des statistiques cohérentes et des cas concrets pour présenter les résultats obtenus.
Cette exigence est particulièrement importante dans une évaluation fondée sur l’efficacité opérationnelle. Une institution ne pourra pas simplement affirmer qu’elle mène des enquêtes ou procède à des confiscations : elle devra être capable d’en apporter la preuve et d’en expliquer les résultats.
La coordination entre les administrations constitue donc un autre enjeu majeur. La circulation de l’information entre les différentes institutions devra être suffisamment fluide pour permettre une présentation cohérente du dispositif congolais.
Une étape décisive pour la crédibilité financière de la RDC
La prochaine visite des experts du GAFI pourrait avoir des conséquences qui dépassent largement le seul cadre réglementaire.
Une évaluation favorable renforcerait la crédibilité de la gouvernance financière congolaise auprès des partenaires internationaux et pourrait contribuer à améliorer la perception du risque associé au pays.
À l’inverse, des faiblesses persistantes dans la mise en œuvre pourraient prolonger la surveillance renforcée dont fait l’objet la RDC.
La sortie de la liste grise du GAFI représente ainsi un enjeu à la fois institutionnel, financier et économique. Elle peut notamment contribuer à renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires financiers internationaux dans le système congolais.
Kinshasa joue désormais la carte de l’efficacité
Organisés avec l’appui des partenaires de la RDC et du Secrétariat technique national, les ateliers lancés à Kinshasa doivent permettre d’harmoniser la préparation des différentes institutions, de consolider les preuves disponibles et de mieux documenter les résultats obtenus.
Pour le gouvernement congolais, le message est donc désormais clair : la prochaine étape ne consiste plus seulement à réformer, mais à prouver que les réformes fonctionnent.
La réussite de cette évaluation pourrait rapprocher la RDC d’une sortie du processus de surveillance renforcée du GAFI et, sous réserve de la décision des instances compétentes, d’un retrait de la liste grise.
Pour Kinshasa, la prochaine évaluation sera ainsi un véritable test de crédibilité : celui de sa capacité à convertir les engagements réglementaires pris ces dernières années en un dispositif durable, opérationnel et effectivement capable de lutter contre les flux financiers illicites.







