Après des années de retards, le projet de gazoduc Ajaokuta–Kaduna–Kano (AKK) franchit un cap décisif. La Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC) a annoncé l’achèvement du soudage de la conduite principale, ouvrant la voie à une mise en service progressive de cette infrastructure stratégique destinée à renforcer le marché intérieur du gaz et à soutenir l’industrialisation du nord du Nigeria.
Dimanche 28 décembre, le directeur général de la NNPC, Bashir Ojulari, a confirmé la finalisation de l’un des segments les plus complexes du projet : la traversée du fleuve Niger. Longtemps considérée comme un verrou technique majeur, cette étape permet désormais d’envisager le raccordement du gazoduc au réseau national dès le début de l’année 2026, avec des livraisons prévues vers Kaduna, Kano, Abuja et Ajaokuta.
Au-delà de la dimension énergétique, les autorités nigérianes présentent le gazoduc AKK comme un outil structurant de transformation économique. À l’issue d’une rencontre avec le président Bola Tinubu, le patron de la NNPC a souligné le potentiel du projet pour stimuler le développement d’industries fortement consommatrices de gaz, notamment la production d’électricité, la fabrication d’engrais et les activités industrielles implantées le long du corridor.
Pensé dès 2008 et estimé à environ 2,8 milliards de dollars, le projet AKK occupe une place centrale dans la stratégie nigériane de valorisation du gaz naturel. Le nord du pays, confronté à un déficit chronique d’infrastructures énergétiques, est identifié comme l’un des principaux bénéficiaires, avec l’ambition de réduire les disparités régionales en matière de développement industriel.
Premier producteur de gaz naturel en Afrique subsaharienne, aux côtés de l’Algérie et de l’Égypte à l’échelle continentale, le Nigeria dispose de réserves prouvées estimées à 209 trillions de pieds cubes. Pourtant, le secteur gazier peine encore à atteindre son plein potentiel. Selon l’Initiative nigériane pour la transparence dans les industries extractives (NEITI), la production nationale de gaz a reculé de 1,2 % entre 2022 et 2023, tandis qu’une part importante du gaz extrait continue d’être torchée, faute d’infrastructures suffisantes de transport et de traitement.
Le gazoduc AKK s’inscrit ainsi dans un ensemble plus large de réformes, incluant la mise en œuvre du Petroleum Industry Act de 2021, le programme de commercialisation du gaz torché et la promotion du gaz naturel comprimé (GNC) pour les usages domestiques. Autant de chantiers dont la réussite conditionnera l’impact réel du projet sur la transformation industrielle du nord du Nigeria.
Sans une accélération coordonnée de ces réformes, l’AKK pourrait peiner à concrétiser les ambitions affichées. Mais s’il est pleinement opérationnel, il pourrait marquer un tournant dans la stratégie nigériane de transition énergétique et de développement industriel endogène.








































