NAFA : les CER africaines mobilisent le capital africain pour financer le développement
Les Communautés économiques régionales (CER) africaines franchissent un cap stratégique en se ralliant à la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA). Objectif : mobiliser à grande échelle le capital du continent, renforcer la souveraineté financière et combler durablement le déficit de financement du développement en Afrique.
Cette dynamique s’est concrétisée lors d’une session de haut niveau organisée le 15 février à Addis-Abeba, en marge du 39e Sommet de l’Union africaine.
Une initiative portée par la Banque africaine de développement
La rencontre a été présidée par Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement. Il a présenté la NAFA comme un cadre transformateur conçu par l’Afrique pour financer son propre développement.
« La NAFA n’est pas qu’un simple plan financier. C’est un schéma directeur pour la transformation économique de l’Afrique », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de passer de systèmes fragmentés à une architecture coordonnée et souveraine.
La NAFA s’inscrit dans une vision stratégique visant à :
- renforcer la mobilisation des ressources nationales ;
- soutenir l’industrialisation ;
- accélérer les investissements dans les infrastructures ;
- promouvoir l’emploi des jeunes ;
- amplifier la voix unifiée de l’Afrique sur la scène financière internationale.
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Les CER au cœur du dispositif
La session a réuni les principales Communautés économiques régionales reconnues par l’Union africaine :
- Union du Maghreb arabe (UMA)
- Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA)
- Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD)
- Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC)
- Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)
- Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD)
- Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC)
Étaient également présents le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dirigé par Wamkele Mene.
Les dirigeants régionaux ont salué la NAFA comme un levier majeur pour structurer les projets transfrontaliers, attirer les investissements et renforcer l’intégration économique africaine.
Combler un déficit de financement structurel
Le continent africain fait face à un déficit de financement du développement estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars par an, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’industrialisation et les chaînes de valeur régionales.
La NAFA vise à :
- canaliser l’épargne africaine vers des investissements productifs ;
- développer des plateformes de cofinancement régionales ;
- renforcer les mécanismes de garantie pour réduire les risques ;
- lutter contre les flux financiers illicites, qui affaiblissent la viabilité budgétaire des États.
Pour Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire de l’Union africaine au développement économique, la fragmentation actuelle des efforts financiers limite l’impact collectif. Elle a appelé à une approche plus intégrée, pilotée par les institutions africaines.
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Industrialisation, infrastructures et ressources critiques
La NAFA est également perçue comme un accélérateur de la mise en œuvre de la ZLECAf. Elle doit soutenir :
- le financement des infrastructures régionales ;
- la valorisation des ressources minérales critiques ;
- le développement des chaînes de valeur africaines ;
- l’essor d’entreprises africaines performantes.
Le secrétaire général du COMESA, Chileshe Kapwepwe, a insisté sur l’importance d’identifier les lacunes du marché, d’harmoniser les politiques et d’investir dans les compétences, notamment dans les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle.
Trois piliers pour une mise en œuvre efficace
La session s’est conclue par un engagement commun autour de trois axes majeurs :
- Approfondir la coordination entre la Banque africaine de développement, les CER et les institutions financières africaines.
- Aligner les projets régionaux phares sur les priorités d’investissement de la NAFA.
- Garantir un impact mesurable, inclusif et transformateur.
Une feuille de route de mise en œuvre doit désormais consolider ces engagements afin de traduire les ambitions de l’Agenda 2063 en résultats concrets à grande échelle.
Vers une souveraineté financière africaine renforcée
En se ralliant à la Nouvelle architecture financière africaine, les CER envoient un signal fort : l’Afrique entend reprendre la main sur le financement de son développement.
Au-delà d’un cadre technique, la NAFA apparaît comme un instrument stratégique de souveraineté, destiné à mobiliser plus efficacement, plus rapidement et à plus grande échelle les richesses du continent au service de sa transformation économique.







