Dans une analyse percutante intitulée « L’heure du tour de vis », Moustapha Diakhaté, expert en infrastructures, dresse un tableau alarmant de la situation budgétaire actuelle du Sénégal. Selon lui, le pays traverse une période de crise budgétaire sans précédent, fruit d’une gestion laxiste qui remonte à 2019.
Une gestion économique mise à mal
Moustapha Diakhaté attribue cette dégradation à une politique budgétaire hasardeuse, exacerbée par les crises successives du Covid-19 et du conflit russo-ukrainien. Bien que ces événements aient effectivement entraîné une augmentation des dépenses publiques pour soutenir les populations, il estime que le gouvernement précédent a échoué à maintenir des fondamentaux économiques viables.
Le déficit budgétaire du Sénégal aurait atteint des niveaux historiques, avoisinant les 75%, mettant le pays dans une position extrêmement délicate vis-à-vis de ses créanciers. Cette situation complique toute marge de manœuvre en cas de nouveau choc économique, qu’il soit interne ou externe.
Manipulation des chiffres et dérive budgétaire
Diakhaté pointe du doigt une manipulation des chiffres budgétaires, passée sous le radar même des institutions comme le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne. Selon lui, cette « gymnastique » des ratios budgétaires a permis au Sénégal de masquer la réalité de ses comptes publics, laissant aujourd’hui le pays au bord de la faillite budgétaire.
Un héritage désastreux et des perspectives inquiétantes
L’héritage laissé par l’ancien régime est, selon Diakhaté, désastreux pour le nouveau gouvernement. Il déplore une baisse significative des recettes fiscales due à des exonérations fiscales mal calibrées dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE). Combinées à des dépenses mal orientées, ces mesures ont conduit à un déséquilibre structurel des comptes publics.
Avec une dette publique représentant désormais plus de 80% du PIB, le Sénégal se trouve face à un risque de rééchelonnement de sa dette, en particulier pour les eurobonds dont les remboursements s’annoncent particulièrement lourds dans les années à venir.
L’appel à une refondation budgétaire
Pour Diakhaté, il est urgent de réformer en profondeur les mécanismes de gestion des finances publiques. Il appelle à une refondation du système budgétaire, tant les abus et détournements de fonds publics ont gangréné toute la chaîne budgétaire. Il va jusqu’à proposer que les ministres des Finances prêtent serment devant une juridiction afin de renforcer l’éthique et la responsabilité dans la gestion des deniers publics.
Conclusion
Alors que le Sénégal s’apprête à entrer dans une période d’ajustement budgétaire douloureux, Diakhaté insiste sur l’importance de tirer les leçons du passé pour éviter que la situation ne se détériore davantage. Le pays, avec un tissu social déjà fragile, doit désormais naviguer entre réformes et austérité pour espérer retrouver une viabilité économique à long terme.







