Modibo Mao Makalou, économiste de renom, analyse les perspectives économiques de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les défis auxquels cette nouvelle Confédération est confrontée. Il nous livre ses réflexions sur l’intégration économique, la mutualisation des ressources, et les potentialités de création d’une monnaie unique.
Comment se porte l’économie des États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ?
Modibo Mao Makalou : Le Traité instituant la Confédération des États de l’Alliance des États du Sahel (AES) a été adopté lors de la première Conférence des Chefs d’État des trois pays membres (Burkina Faso, Mali, Niger), le 6 juillet 2024 à Niamey. Les pays de cette Confédération ont décidé de mutualiser leurs efforts dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’élevage, l’eau, l’énergie, les mines et les transports.
Ces trois pays sahéliens, bien que confrontés à des défis importants comme une faible électrification, une forte démographie, et de faibles classements en termes d’indice de développement humain (IDH), possèdent des économies principalement axées sur l’agro-sylvo-pastoral et les ressources minières. Ces économies, encore peu diversifiées, dépendent fortement des prix internationaux des matières premières, les rendant vulnérables aux chocs exogènes.
Cependant, l’AES offre des opportunités économiques considérables. En optant pour une transformation structurelle de leurs économies, les pays membres peuvent augmenter les revenus de leurs populations en créant de la valeur ajoutée à la production nationale et en générant des emplois.
Les dirigeants de l’AES ont annoncé la création d’un fonds de stabilité et d’une banque d’investissement. Qu’en pensez-vous ?
MMM : La création de banques publiques d’investissement est cruciale pour orienter les investissements vers des secteurs stratégiques jugés prioritaires par l’État, tels que les infrastructures, l’éducation, la santé, et l’agriculture familiale. Ces secteurs, bien que souvent peu rentables pour les investisseurs privés, sont essentiels pour la cohésion sociale et le développement économique.
Les fonds de stabilisation visent à réduire la dépendance économique aux matières premières et à protéger les finances publiques contre l’instabilité des revenus d’exportation. Ils permettent également d’épargner pour les générations futures, atténuant ainsi les effets de la volatilité des prix des matières premières.
L’intégration économique des pays de l’AES, combinée à la mutualisation de leurs ressources, constitue une opportunité unique de capitaliser sur leurs avantages comparatifs, notamment en matière d’industrialisation et d’exploitation des ressources naturelles.
L’AES pourrait-elle créer sa propre monnaie et avoir une politique monétaire efficace ?
MMM : La création d’une monnaie unique au sein de l’AES est une décision politique majeure qui pourrait favoriser une utilisation plus efficace des ressources et stimuler la croissance économique.
La création d’une monnaie nationale implique l’établissement d’un institut d’émission, ou banque centrale, qui jouerait un rôle crucial dans la gestion des flux de monnaie et de crédit. Cette banque centrale devra garantir la stabilité des prix et veiller au bon fonctionnement du système financier.
Il est important que la création d’une monnaie nationale soit alignée sur la production économique du pays et ses échanges commerciaux. Une banque centrale autonome, capable d’assurer la stabilité des prix, de gérer les réserves de change et de superviser le système bancaire, est indispensable pour garantir la solidité de la monnaie.
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