L’économie marocaine a enregistré une croissance de 4,6 % au premier trimestre 2026, contre 5 % à la même période de 2025, selon la Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière de juillet 2026 de Bank Al-Maghrib (BAM).
Ce ralentissement s’explique principalement par une décélération de l’activité non agricole, dont le rythme de progression est passé de 4,7 % à 3 % sur un an. À l’inverse, la valeur ajoutée agricole a fortement accéléré, progressant de 18,4 %, contre 8,1 % un an plus tôt.
L’agriculture porte la croissance
La campagne agricole 2025/2026 devrait confirmer ce redressement. Selon les premières estimations du ministère marocain de l’Agriculture, la récolte des trois principales céréales devrait atteindre environ 90 millions de quintaux, contre seulement 43,1 millions lors de la campagne précédente.
Cette nette amélioration contribue à soutenir la croissance globale, mais masque des performances plus contrastées dans plusieurs branches de l’économie.
L’industrie manufacturière reste sous pression
Le secteur manufacturier constitue l’un des principaux points de faiblesse. Sa valeur ajoutée s’est contractée de 1,3 % au premier trimestre 2026, après une progression de 1 % un an auparavant.
Plusieurs branches ont pesé sur cette évolution, notamment la fabrication de matériel électrique, en baisse de 9,9 %, ainsi que la fabrication d’articles en caoutchouc, de matières plastiques et d’autres produits minéraux non métalliques, en recul de 3,6 %.
La fabrication de produits alimentaires et de boissons a également diminué de 3,4 %.
Quelques signes d’amélioration apparaissent néanmoins au deuxième trimestre. Le taux d’utilisation des capacités industrielles a gagné 0,3 point pour atteindre 77,8 % en moyenne en avril et mai.
Le BTP ralentit également
Le secteur de la construction affiche lui aussi une nette décélération. Sa valeur ajoutée a progressé de seulement 1,5 % au premier trimestre, contre 7,1 % un an auparavant.
Les données disponibles pour le deuxième trimestre suggèrent que cette tendance s’est poursuivie. Les ventes de ciment, indicateur clé de l’activité du BTP, ont augmenté de 8 %, après une progression de 15,4 % à la même période de 2025.
Cette évolution traduit un ralentissement de l’investissement dans la construction, malgré la poursuite des grands projets d’infrastructures au Maroc.
Recul marqué des activités extractives
Les industries extractives ont également pesé sur la performance économique. Leur valeur ajoutée s’est contractée de 3,2 % au premier trimestre 2026, alors qu’elle avait progressé de 9,3 % un an auparavant.
La tendance s’est prolongée au début du deuxième trimestre : la production marchande de phosphate brut a diminué de 26,1 % en avril et mai.
Ce recul constitue un point de vigilance pour un secteur stratégique de l’économie marocaine et pour les activités industrielles liées à la transformation des phosphates.
L’électricité et les services montrent des signes de reprise
La branche regroupant l’électricité, le gaz, l’eau, l’assainissement et la gestion des déchets a enregistré une contraction de 3,4 % au premier trimestre, après une légère hausse de 0,1 % un an auparavant.
La situation semble toutefois s’améliorer au deuxième trimestre. La production d’électricité a progressé de 2,2 %, suggérant un redressement de l’activité énergétique.
Le tourisme conserve, pour sa part, une dynamique favorable. La valeur ajoutée des activités d’hébergement et de restauration a augmenté de 8,1 % au premier trimestre, après 8,7 % un an auparavant.
Cette bonne orientation s’est poursuivie au deuxième trimestre, avec une hausse de 7,3 % des arrivées touristiques et de 8,2 % des nuitées dans les établissements classés.
Une croissance encore portée par l’agriculture et les services
Les données de Bank Al-Maghrib font ainsi apparaître une économie marocaine à deux vitesses. La forte reprise agricole et la bonne tenue du tourisme soutiennent la croissance, tandis que l’industrie manufacturière, les activités extractives et le BTP connaissent un ralentissement marqué.
La progression de 4,6 % du PIB au premier trimestre 2026 reste donc solide, mais sa composition souligne les défis auxquels le Maroc doit faire face pour maintenir une croissance davantage portée par les activités non agricoles et industrielles.
L’évolution de l’activité au deuxième semestre sera notamment déterminante pour apprécier la capacité de l’économie marocaine à transformer le redressement agricole et la dynamique touristique en une accélération plus généralisée de la croissance.







