La Côte d’Ivoire ouvre le marché des obligations à 20 ans
La Côte d’Ivoire vient de franchir une nouvelle étape sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). À l’issue d’une émission d’adjudication simultanée organisée le 6 octobre 2026, l’État ivoirien a inauguré les obligations assimilables du Trésor (OAT) à 20 ans.
L’opération portait simultanément sur des bons assimilables du Trésor (BAT) à 364 jours et des OAT de 3, 5, 7 et 20 ans.
Cette première émission d’une maturité aussi longue sur le marché régional intervient dans un contexte où les États de l’UEMOA doivent composer avec des besoins importants de financement et un service de la dette qui pèse sur leurs finances publiques.
88 milliards de FCFA mobilisés
À travers sa Direction générale des financements (DGF), l’État de Côte d’Ivoire avait mis en adjudication un montant de 80 milliards de FCFA.
À l’arrivée, les investisseurs ont soumis des offres pour un montant total de 127,998 milliards de FCFA, soit un taux de couverture de 160 %.
L’État ivoirien a finalement retenu 88 milliards de FCFA, tandis que 39,998 milliards de FCFA de soumissions ont été rejetés. Le taux d’absorption ressort ainsi à 68,75 %.
Cette demande supérieure au montant initialement recherché témoigne de l’intérêt des investisseurs pour les titres proposés par le Trésor ivoirien, même si l’analyse de l’opération doit également tenir compte des rendements exigés selon les différentes maturités.
Jusqu’à 20 ans pour étaler le remboursement
L’introduction d’une maturité de 20 ans constitue le principal élément de cette opération.
Pour les États, les obligations de très longue maturité permettent notamment d’étaler dans le temps le remboursement du capital. Elles peuvent ainsi contribuer à limiter la concentration des échéances de dette sur les prochaines années.
L’enjeu est particulièrement important dans un environnement où les dépenses publiques sont confrontées à des besoins croissants de financement, tandis que le service de la dette mobilise une part importante des ressources budgétaires.
Pour les investisseurs, ces titres offrent en contrepartie une visibilité sur une période plus longue et un rendement associé à un engagement de très long terme.
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Des rendements différents selon la maturité
L’opération du 6 octobre permet de mesurer les conditions auxquelles la Côte d’Ivoire a levé des ressources sur les différentes échéances.
Le rendement moyen pondéré s’est établi à :
- 6,40 % pour les obligations à 3 ans ;
- 7,06 % pour les obligations à 5 ans ;
- 7,18 % pour les obligations à 7 ans ;
- 7,00 % pour les obligations à 20 ans.
Ces niveaux traduisent notamment la différence de durée entre les titres et le niveau de rémunération demandé par les investisseurs pour immobiliser leurs capitaux sur des périodes plus longues.
Des coupons compris entre 5,20 % et 6,25 %
Les OAT émises présentent par ailleurs des taux d’intérêt annuels distincts selon leur maturité.
Le taux est fixé à 5,20 % pour les obligations à 3 ans, 5,45 % pour celles à 5 ans, 5,70 % pour les titres à 7 ans et 6,25 % pour les obligations à 20 ans.
Les intérêts seront versés annuellement à compter de la fin de la première année.
Cette structure permet aux investisseurs de percevoir régulièrement les intérêts pendant la durée de détention des titres, tandis que le remboursement du capital intervient à l’échéance.
Les premières échéances débuteront en 2029
Le calendrier de remboursement s’étend sur plusieurs décennies.
Les OAT à 3 ans arriveront à échéance le 7 octobre 2029, celles à 5 ans le 7 octobre 2031 et celles à 7 ans le 7 octobre 2033.
Pour les obligations à 20 ans, l’échéance est fixée au 7 octobre 2046.
Le remboursement du capital interviendra le premier jour ouvré suivant chacune des dates d’échéance.
Cette dernière échéance illustre la particularité de l’opération : une partie de la dette contractée dans le cadre de cette émission ne sera remboursée que dans vingt ans.
Une expérience susceptible d’intéresser les autres États de l’UEMOA
L’émission ivoirienne pourrait également constituer un précédent pour le marché régional.
La question est désormais de savoir si d’autres États membres de l’UEMOA chercheront à leur tour à accéder à des maturités aussi longues afin de diversifier leur profil d’endettement et d’étaler leurs échéances.
La réponse dépendra notamment de l’évolution des conditions de marché, du coût du financement et de l’appétit des investisseurs pour des titres de dette à très longue échéance.
Les prochaines émissions souveraines sur le marché financier régional permettront donc de déterminer si l’initiative ivoirienne restera ponctuelle ou si elle marque le début d’un mouvement plus large vers des obligations à 20 ans.
Un nouveau repère pour le marché régional de la dette
Avec cette opération, la Côte d’Ivoire introduit une nouvelle référence de maturité sur le marché financier de l’UMOA.
Pour les États, les obligations à 20 ans peuvent constituer un outil supplémentaire de gestion de la dette et de lissage des échéances. Pour les investisseurs, elles offrent un instrument de placement à long terme assorti d’un coupon annuel de 6,25 %.
L’intérêt suscité par l’émission, avec près de 128 milliards de FCFA de soumissions pour 80 milliards initialement recherchés, sera particulièrement suivi lors des prochaines opérations de financement des États de la région.







