L’économie nigériane connaît une expansion soudaine, non pas par une croissance réelle, mais grâce à une mise à jour méthodologique significative. Le Bureau national des statistiques (NBS) a révélé que le produit intérieur brut (PIB) du Nigeria pour 2024 est désormais estimé à 372,82 trillions de nairas (soit 244 milliards de dollars), soit une hausse de plus de 30 % par rapport aux précédentes estimations du FMI (187,6 milliards de dollars).
Cette augmentation s’explique par un changement de l’année de base du PIB, passée de 2010 à 2019, afin d’intégrer des pans entiers de l’économie jusqu’alors négligés, notamment le secteur des services numériques, les administrateurs de fonds de pension et surtout le vaste marché informel qui emploie la majorité de la population nigériane.
Une photographie plus fidèle de l’économie
Selon Michael Famoroti, économiste chez Stears, ce rebasage offre une vision plus réaliste de la structure économique actuelle du Nigeria. L’agriculture y consolide son rôle de premier contributeur, tandis que le pétrole brut, historiquement dominant, ne représente plus que 5 % de la production.
Le NBS affirme qu’il s’agit de la mise à jour la plus complète jamais réalisée par le pays. Elle s’inscrit dans les recommandations des institutions de développement, qui encouragent les pays émergents à réviser régulièrement leur base statistique afin de mieux refléter les réalités économiques contemporaines.
Des ratios macroéconomiques plus flatteurs
L’impact immédiat de ce rebasage se mesure dans les indicateurs budgétaires : le ratio dette/PIB du Nigeria passe mécaniquement de 52 % à environ 40 %, un niveau en ligne avec les objectifs gouvernementaux et bien en deçà du seuil critique de 55 % recommandé par le FMI. Toutefois, cette amélioration pourrait masquer une fragilité budgétaire persistante.
« Cette hausse artificielle du PIB ne doit pas servir d’excuse à un relâchement fiscal », prévient Famoroti, soulignant que la dette reste structurellement préoccupante malgré une meilleure présentation statistique.
Un contexte économique contrasté
La révision intervient alors que le Nigeria a récemment perdu sa place de première économie africaine. Depuis la dévaluation du naira décidée par le président Bola Tinubu pour attirer les investissements, la monnaie a perdu plus de 70 % de sa valeur par rapport au dollar. Le pays se classe désormais quatrième sur le continent, derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Algérie.
Au premier trimestre 2025, la croissance réelle du PIB s’est établie à 3,13 % en glissement annuel. Le secteur des services domine largement, avec 57,5 % de la production, suivi par l’industrie (3,42 %) et l’agriculture (0,07 %). Le PIB nominal trimestriel atteint 94 trillions de nairas, en hausse de 18,3 % sur un an.
Le Sénégal bientôt sur la même voie ?
Ce précédent nigérian pourrait inspirer d’autres pays de la région. Le ministère des Finances du Sénégal a annoncé un futur rebasage de son PIB, le premier depuis 2018, dans un contexte de scandale lié à des emprunts cachés. Les analystes estiment qu’une telle révision pourrait améliorer artificiellement le ratio dette/PIB du pays, sans résoudre ses problèmes structurels.








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