Depuis le démarrage de la production d’essence en septembre 2024, la raffinerie Dangote au Nigeria, d’une capacité de 650 000 barils par jour, rebat les cartes du secteur pétrolier en Afrique et au-delà. Ce projet ambitieux, évalué à 20,5 milliards de dollars, marque une étape historique pour le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, qui raffine désormais son propre brut pour la première fois depuis des décennies.
Lancée officiellement en janvier 2024, cette raffinerie ultramoderne permet au Nigeria de réduire sa dépendance aux importations de carburants raffinés, principalement en provenance d’Europe et des États-Unis. Désormais, les carburants raffinés sont vendus en monnaie locale à la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), transformant les dynamiques commerciales locales et internationales.
Selon l’OPEP, l’entrée en production de cette raffinerie a déjà réduit les importations de produits pétroliers européens destinés au Nigeria. Les exportations de carburants vers d’autres marchés devraient également s’intensifier, exerçant une pression significative sur les marchés européens, qui devront ajuster leurs flux pour s’adapter à cette nouvelle réalité.
Malgré ses promesses, le projet Dangote fait face à de multiples obstacles. La « mafia pétrolière » nigériane, fortement implantée dans le secteur, perçoit la raffinerie comme une menace directe à ses intérêts. Selon Aliko Dangote, propriétaire de l’usine et deuxième homme le plus riche d’Afrique, ce cartel lutte pour maintenir son emprise sur le commerce pétrolier.
De plus, le Nigeria reste confronté au vol massif de pétrole, qui entrave l’approvisionnement de la raffinerie en brut local. La NNPC, incapable de fournir plus de 300 000 barils par jour sur les 650 000 nécessaires, voit sa capacité limitée par des infrastructures obsolètes et un vandalisme chronique sur les pipelines.
L’impact de la raffinerie Dangote dépasse les frontières nigérianes. En perturbant les flux commerciaux traditionnels, elle force les raffineurs européens à réévaluer leurs stratégies. En même temps, le désinvestissement progressif des multinationales dans le delta du Niger et la baisse de la production pétrolière nigériane, tombée à 1,3 million de barils par jour contre 2,1 millions en 2018, suscitent des inquiétudes sur l’avenir du secteur.
Avec la suppression des subventions au carburant par le gouvernement en 2023, le Nigeria économise près de 10 milliards de dollars par an, mais cette réforme a aussi alourdi la facture énergétique pour les consommateurs. La raffinerie Dangote, en comblant une partie du déficit de production, représente une opportunité unique de renforcer la sécurité énergétique du pays.
Si le projet parvient à surmonter les défis structurels et politiques, il pourrait devenir un catalyseur majeur pour la transformation économique du Nigeria et une alternative crédible pour les marchés internationaux.









































