Avec 600 tonnes de réserves aurifères et une production atteignant 60 tonnes en 2024, la Côte d’Ivoire s’affirme comme un pôle minier majeur en Afrique de l’Ouest. Tandis que l’instabilité sécuritaire et politique secoue le Mali et le Burkina Faso, plusieurs entreprises minières internationales se tournent vers Abidjan, devenue un havre pour les investisseurs.
Le dernier mouvement en date est celui de Resolute Mining, qui a annoncé, le 1er mai 2025, l’acquisition du projet aurifère Doropo. Cette compagnie australienne avait été confrontée à de sérieuses tensions au Mali en 2024, lorsque son PDG Terence Holohan fut brièvement détenu à Bamako, dans le cadre d’un contentieux fiscal évalué entre 300 et 600 milliards FCFA. Malgré le maintien de sa mine malienne de Syama — représentant 63 % de sa production — la société a accéléré sa diversification, sans mentionner explicitement le contexte malien.
Fortuna Mining, une entreprise canadienne, a été plus directe. En avril 2025, elle s’est retirée du Burkina Faso en cédant sa mine d’or de Yaramoko pour 130 millions $, évoquant un « climat des affaires de plus en plus difficile ». Ces liquidités pourraient désormais être redirigées vers la mine ivoirienne de Séguéla, déjà en exploitation.
Autre poids lourd du secteur, Endeavour Mining a anticipé ce basculement dès 2022. Sa production en Côte d’Ivoire — 438 524 onces en 2024 — a désormais dépassé celle de ses actifs burkinabè. La dynamique devrait se renforcer avec le développement du projet Assafou, dont le potentiel est estimé à 329 000 onces annuelles sur dix ans.
Le désengagement progressif du Sahel s’explique par l’instabilité croissante et la pression fiscale exercée sur les compagnies minières. Selon un investisseur régional, la demande de financement stagne dans ces pays, tandis qu’elle augmente en Côte d’Ivoire et en Guinée, deux destinations jugées plus attractives.
Au-delà de la stabilité politique, la Côte d’Ivoire mise sur un potentiel aurifère encore sous-exploité. Le ministre des Mines Mamadou Sangafowa-Coulibaly a affiché en juin 2024 l’ambition de porter la production annuelle à 100 tonnes dans les cinq prochaines années, devançant ainsi le Mali et le Burkina Faso, et visant à rivaliser avec le Ghana à l’horizon 2030.
Cette ambition est soutenue par un climat des affaires jugé favorable. Comme l’indique Ahamadou Mohamed Maïga, directeur du cabinet Extractive & Energy Investment Council, le pays se distingue par « l’absence de pressions sécuritaires, une stabilité économique et une stratégie clairement affichée pour attirer les investissements ».
Cependant, la Côte d’Ivoire ne sera pas seule sur ce marché concurrentiel. Le Ghana, leader historique de la production aurifère en Afrique de l’Ouest, reste une référence, et la Guinée commence à attirer l’attention grâce à ses ressources encore peu exploitées. De plus, la révision du code minier ivoirien entamée en 2024 pourrait redéfinir l’équilibre entre attractivité et exigences réglementaires.
En dépit de ces défis, la Côte d’Ivoire incarne aujourd’hui un modèle de stabilité pour les acteurs du secteur minier en Afrique de l’Ouest. Son ascension dans l’industrie aurifère pourrait inspirer d’autres pays du Sahel à réévaluer leur stratégie, en plaçant la sécurité juridique, la transparence fiscale et la stabilité politique au cœur de leur développement économique.










































