Kenya : Dangote lance la construction d’une raffinerie de 16 milliards de dollars à Lamu
Le groupe Dangote Industries a lancé, le mercredi 30 septembre 2026, la construction d’une raffinerie de pétrole à Lamu, au Kenya. Évaluée à 16 milliards de dollars, soit près de 14,1 milliards d’euros, l’installation devrait disposer d’une capacité de traitement de 700 000 barils par jour. Son achèvement est prévu à l’horizon 2030.
Porté par l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, ce projet vise à renforcer les capacités de transformation pétrolière du Kenya et à positionner le pays comme un centre d’approvisionnement en produits pétroliers pour plusieurs marchés d’Afrique de l’Est et de la région.
L’initiative marque une nouvelle étape après plusieurs mois de préparation. En juillet 2026, Dangote Industries avait annoncé la sélection du site, le lancement des tests de sol ainsi que le démarrage des travaux de conception et d’ingénierie, sans toutefois préciser le coût de l’investissement.
Les préparatifs se sont depuis accélérés. Selon la Kenya News Agency, 2 930 tonnes d’équipements lourds destinés au chantier sont arrivées au port de Lamu à la fin du mois de septembre.
Du carburant importé au pétrole brut transformé localement
Le projet de Lamu s’inspire du modèle développé par le groupe Dangote au Nigeria, avec une ambition qui dépasse les frontières kényanes.
Depuis l’arrêt des activités de raffinage de l’ancienne Kenya Petroleum Refineries Limited à Mombasa en 2013, le Kenya importe la totalité de ses carburants raffinés. Le pays conserve néanmoins une place stratégique dans l’approvisionnement énergétique régional grâce à ses infrastructures de transport et de distribution.
Une partie des produits pétroliers importés transite en effet vers plusieurs pays voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Soudan du Sud et certaines zones de la République démocratique du Congo (RDC).
Les données du plan de développement pétrolier de l’Energy and Petroleum Regulatory Authority (EPRA) illustrent cette fonction régionale. En 2024, la consommation nationale représentait environ 52 % des volumes d’essence, contre 48 % destinés au transit. Pour le diesel, ces proportions s’établissaient respectivement à 59 % et 41 %.
Le Kenya constitue ainsi un point d’entrée majeur pour les carburants consommés dans plusieurs économies enclavées de la région.
Avec la raffinerie de Lamu, Dangote entend faire évoluer cette organisation. Le pays pourrait progressivement importer davantage de pétrole brut, le transformer localement, puis distribuer les produits finis sur son marché intérieur et dans les pays voisins.
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Un investissement majeur confronté à des défis de financement et de logistique
Malgré le lancement des travaux, plusieurs paramètres restent à préciser, notamment la structuration du financement. Aliko Dangote a évoqué le recours aux ressources internes du groupe, aux émissions obligataires et à une éventuelle ouverture du capital. La répartition exacte de ces différentes sources n’a toutefois pas encore été communiquée.
L’approvisionnement en pétrole brut représente également un enjeu déterminant. Le groupe devra sécuriser des volumes suffisants pour alimenter durablement une installation de cette capacité.
À cela s’ajoute la question des infrastructures d’acheminement et de stockage. Le Kenya dispose déjà d’un réseau pétrolier desservant son marché et plusieurs pays voisins, mais l’EPRA relève que les investissements dans les infrastructures n’ont pas toujours suivi le rythme de l’augmentation des capacités d’importation.
Les insuffisances en matière de pipelines et de stockage ont notamment contribué à des congestions et à des coûts supplémentaires. La montée en puissance de la raffinerie nécessitera donc des capacités logistiques adaptées aux volumes attendus.
Le précédent nigérian et les incertitudes autour du calendrier
L’expérience de la raffinerie Dangote de Lekki, au Nigeria, rappelle les difficultés que peut rencontrer un projet industriel de cette ampleur. Le chantier a connu plusieurs années de retard et une augmentation importante de son coût avant l’entrée en service de l’installation.
Le contexte kényan présente toutefois des caractéristiques différentes, notamment une production locale de pétrole brut encore limitée et le développement incomplet de certaines infrastructures prévues dans le cadre du corridor LAPSSET.
Le projet de Lamu fait également face à un contentieux foncier. Au total, 133 habitants contestent l’utilisation d’une partie des terrains concernés, qu’ils revendiquent comme terres ancestrales.
La justice a ordonné le maintien du statu quo sur les parcelles litigieuses jusqu’à une audience prévue le 14 octobre 2026, sans interdire à ce stade la cérémonie de lancement annoncée pour le 30 septembre.
Des retombées attendues, mais un prix du carburant qui reste à déterminer
Au-delà de la capacité de raffinage, la compétitivité des produits issus de Lamu constituera un facteur essentiel de réussite.
La production locale ne garantit pas automatiquement une baisse des prix à la pompe. Ceux-ci resteront notamment influencés par le coût du pétrole brut, le taux de change, la fiscalité et les dépenses liées au transport et à la distribution.
Pour le groupe Dangote, l’enjeu sera donc de transformer cette capacité industrielle en une offre compétitive, capable de répondre à la demande kényane et de renforcer l’approvisionnement des marchés régionaux.
Si le calendrier annoncé est respecté, la raffinerie de Lamu pourrait ainsi modifier la place du Kenya dans la chaîne de valeur pétrolière est-africaine, en passant d’un centre d’importation et de transit de carburants raffinés à un pôle régional de transformation et de distribution.







