Guinée : la BAD anticipe plus de 9 % de croissance en 2026
La Guinée pourrait connaître une forte accélération de son activité économique au cours des deux prochaines années. Dans son Rapport Pays 2026 sur la Guinée, la Banque africaine de développement (BAD) estime que la croissance du PIB réel, évaluée à 6,9 % en 2025, pourrait dépasser 9 % en 2026 et 2027, portée principalement par l’expansion du secteur minier et la montée en puissance du projet Simandou.
Cette perspective place le pays face à un enjeu central : transformer l’accélération de la croissance en investissements productifs, en emplois durables et en amélioration des conditions de vie.
Simandou au cœur de l’accélération économique
Le projet Simandou constitue le principal moteur identifié par la BAD pour cette nouvelle phase de croissance. Présenté comme le plus grand chantier intégré d’extraction de minerai de fer et d’infrastructures en Afrique, il doit contribuer à accroître significativement l’activité minière et les exportations guinéennes.
La BAD considère cependant que l’augmentation de la production minière ne suffira pas, à elle seule, à assurer une transformation économique inclusive.
Pour tirer davantage profit de cette dynamique, l’institution recommande notamment d’accélérer la préparation de projets prioritaires, de développer les fournisseurs locaux et de renforcer les capacités nationales permettant de transformer les revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles en investissements productifs.
Lire aussi : Guinée : le CNT adopte le programme « Simandou 2040 »
Un besoin de financement estimé à 15 milliards de dollars
L’un des principaux défis identifiés concerne le financement du développement. Le rapport estime à environ 15 milliards de dollars le déficit moyen de financement du Programme Simandou 2040.
Pour le réduire, la BAD préconise de combiner plusieurs sources : ressources publiques nationales, capitaux privés domestiques et internationaux, financements climatiques et financements de long terme.
Cette diversification apparaît d’autant plus importante que les besoins liés aux infrastructures et au développement économique dépassent les capacités de financement public disponibles.
La préparation de projets « bancables » constitue ainsi un autre axe mis en avant par l’institution. L’objectif est de rendre les investissements suffisamment structurés pour attirer les capitaux privés et les financements de long terme.
Lire aussi : Afrique de l’Ouest : la Guinée capte plus d’IDE
Une mobilisation fiscale encore limitée
Le rapport souligne également la faiblesse relative de la mobilisation des recettes intérieures. La pression fiscale guinéenne avoisinerait 13 % du PIB, tandis que plus de 70 % des emplois relèveraient du secteur informel.
Pour la BAD, cette situation révèle un potentiel d’élargissement progressif de l’assiette fiscale. L’enjeu consiste toutefois à accroître les recettes sans alourdir excessivement la charge supportée par le nombre limité d’entreprises formelles.
Lors du lancement du rapport à Conakry, Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget et gouverneure de la BAD pour la Guinée, a notamment mis en avant la numérisation des procédures fiscales et douanières, la rationalisation des exonérations et l’amélioration des capacités d’exécution des projets.
Lire aussi : Guinée : cap sur la transformation numérique du ministère des Finances
Le système financier appelé à financer davantage l’économie
Au-delà des recettes publiques, la BAD identifie des marges de progression dans le système financier guinéen. Celui-ci reste encore insuffisamment orienté vers le financement à long terme et les secteurs productifs.
L’institution recommande ainsi de renforcer l’information sur le crédit et la supervision financière, tout en développant davantage les assurances, les fonds de pension et les fonds d’investissement.
Le développement du marché national des capitaux figure également parmi les pistes avancées. Une telle évolution permettrait, à terme, d’élargir les instruments disponibles pour financer les entreprises et les investissements de long terme.
Des risques à ne pas sous-estimer
La croissance projetée reste exposée à plusieurs facteurs de risque. La BAD cite notamment la forte concentration des exportations, les aléas climatiques, la volatilité des cours internationaux des matières premières et le durcissement des conditions financières mondiales.
La dépendance à l’activité extractive constitue donc un enjeu important. Une baisse des prix du minerai ou un ralentissement de la demande internationale pourrait affecter les recettes d’exportation et les revenus associés au secteur.
Le rapport recommande notamment la mise en place de mécanismes de stabilisation des revenus extractifs, afin de mieux gérer les fluctuations liées aux matières premières.
Transformer la croissance en développement inclusif
Pour Laté Dodji Lawson Zankli, chef du bureau pays du Groupe de la BAD en Guinée, l’accélération attendue constitue une opportunité importante, mais elle ne garantit pas automatiquement une transformation économique inclusive.
L’enjeu porte donc sur la qualité de la croissance : mobilisation accrue des ressources intérieures, efficacité de la dépense publique, préparation de projets finançables, attraction des capitaux privés et approfondissement du système financier devront accompagner l’expansion minière.
La capacité de la Guinée à développer des fournisseurs locaux représente également un facteur déterminant. Une plus grande participation des entreprises nationales aux chaînes de valeur liées aux grands projets pourrait contribuer à élargir les retombées économiques au-delà du secteur extractif.
Une fenêtre d’opportunité pour la Guinée
Avec une croissance potentiellement supérieure à 9 % en 2026 et 2027, la Guinée entre, selon les projections de la BAD, dans une période de forte accélération économique. Simandou doit en être l’un des principaux moteurs.
Mais le défi sera désormais de convertir cette croissance en capacités productives durables. La mobilisation des recettes intérieures, le financement à long terme, le développement du secteur privé, l’efficacité des investissements publics et la diversification des chaînes de valeur seront déterminants pour que le dynamisme minier bénéficie plus largement à l’économie.
Le Rapport Pays 2026 de la BAD place ainsi la question du financement du développement au centre de l’après-Simandou : l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de disposer des ressources et des institutions nécessaires pour transformer cette croissance en développement durable et inclusif.







