Finance islamique : Istanbul au cœur d’une ambition mondiale pour une économie plus éthique et inclusive
La troisième édition du Sommet mondial de l’économie islamique, organisée à Istanbul du 3 au 6 juin 2026 sous le patronage du président turc Recep Tayyip Erdoğan, a réuni des ministres, gouverneurs de banques centrales, investisseurs, universitaires et dirigeants d’institutions financières venus de plusieurs pays. Au-delà des discussions sur les perspectives de croissance du secteur, les participants ont lancé un appel à une transformation profonde du système financier mondial afin de mieux répondre aux défis du développement humain, de la justice sociale et des inégalités économiques.
Cette rencontre internationale a également permis à la Turquie de réaffirmer son ambition de devenir l’un des principaux centres mondiaux de la finance islamique grâce au développement du Centre financier d’Istanbul et à une stratégie d’ouverture vers les marchés internationaux.
Repenser le rôle du capital au service du développement humain
L’un des temps forts du sommet a été l’intervention de Abdullah Saleh Kamel, qui a plaidé pour une « réintroduction de l’éthique dans le capital ».
Selon lui, les déséquilibres économiques observés à travers le monde résultent en partie d’un modèle dans lequel le capital est devenu un instrument principalement orienté vers la maximisation des profits au bénéfice d’une minorité, au détriment du bien-être collectif.
Le responsable saoudien a dénoncé l’aggravation des inégalités mondiales, soulignant que la concentration des richesses entre les mains du 1 % le plus fortuné continue de s’accentuer. Il a également alerté sur le poids croissant de la dette souveraine qui fragilise aussi bien les économies développées que les pays émergents.
Pour lui, la finance islamique offre des réponses concrètes à ces défis grâce à des principes fondés sur le financement de l’économie réelle, le partage des risques, l’interdiction de l’usure (riba) et de la spéculation excessive, ainsi que la redistribution des richesses à travers des mécanismes tels que la zakat et les fondations waqf.
La Turquie accélère son positionnement dans la finance islamique
Parallèlement aux débats sur les enjeux éthiques et sociaux de la finance, la Turquie a profité du sommet pour mettre en avant ses avancées dans la construction d’un écosystème financier islamique de dimension internationale.
Intervenant lors des travaux, Salim Arda Ermut a présenté le Centre financier d’Istanbul comme un pôle stratégique appelé à jouer un rôle majeur dans la transformation financière mondiale.
Ce complexe, qui accueille désormais près de 20 000 professionnels ainsi que plusieurs autorités de régulation, est conçu pour attirer les investisseurs internationaux et renforcer les liens entre les marchés d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique.
Afin de faciliter les investissements étrangers, les autorités turques ont notamment mis en place un dispositif de « Guichet unique » destiné à simplifier les démarches administratives et à accélérer les flux de capitaux vers le pays.
Une stratégie tournée vers les marchés mondiaux
La Turquie cherche également à renforcer l’intégration de ses instruments financiers islamiques dans les circuits internationaux.
Selon Ahmet Burak Daglioglu, Ankara multiplie les partenariats avec les pays du Golfe, le Royaume-Uni, la Malaisie et l’Indonésie afin de favoriser les investissements transfrontaliers et l’utilisation des outils de la finance islamique à plus grande échelle.
Cette stratégie s’appuie notamment sur le développement du marché des sukuk, ces certificats financiers conformes aux principes de la charia, dont l’utilisation progresse dans le financement des infrastructures, des entreprises et des projets de développement.
Les autorités turques travaillent également à la création d’une plateforme numérique reliant les banques de développement, les marchés de capitaux et les investisseurs institutionnels afin d’améliorer la circulation de l’information financière et de stimuler les opportunités d’investissement.
Une alternative aux modèles financiers traditionnels
Tout au long des échanges, les participants ont défendu la finance islamique comme un modèle économique davantage orienté vers la création de valeur réelle que vers les opérations spéculatives à court terme.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de promouvoir un capital productif favorisant l’entrepreneuriat, l’investissement à long terme, la création d’emplois et le développement durable.
Dans cette perspective, les organisateurs du Forum Al Baraka estiment que les principes de la finance islamique peuvent contribuer à répondre à certaines des grandes préoccupations économiques contemporaines, notamment la montée des inégalités, la fragilité des systèmes financiers et les difficultés de financement du développement.
Istanbul veut devenir la capitale mondiale de la finance islamique
À travers ce sommet, la Turquie affiche clairement son ambition de s’imposer parmi les principales places financières spécialisées dans la finance islamique, aux côtés des grands centres du Golfe et de l’Asie du Sud-Est.
Portée par des investissements massifs dans ses infrastructures financières, une position géographique stratégique et une politique active d’attraction des capitaux internationaux, Istanbul entend devenir un carrefour mondial de l’investissement éthique et de l’innovation financière.
Au-delà des considérations économiques, les participants au sommet ont surtout mis en avant une vision plus large : celle d’un système financier capable de concilier rentabilité, inclusion sociale et développement humain. Une ambition qui, selon les organisateurs, dépasse largement le cadre du monde musulman et pourrait inspirer de nouvelles approches de financement à l’échelle mondiale.







