Côte d’Ivoire : la BERD accorde 30 millions de dollars à Polynickel pour renforcer la filière nickel
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) renforce son engagement dans le secteur minier ivoirien. L’institution a accordé un prêt de 30 millions de dollars (environ 17 milliards de FCFA) à Polynickel West Africa Holding, filiale du groupe CoreX Holding, afin de soutenir le développement durable de la production de nickel en Côte d’Ivoire. Cette opération s’inscrit dans un financement syndiqué de 180 millions de dollars destiné à consolider les activités de la Compagnie Minière du Bafing (CMB), l’un des principaux producteurs de nickel du pays.
Un refinancement pour renforcer la solidité financière de Polynickel
Contrairement à un financement destiné à développer une nouvelle exploitation minière, le prêt de la BERD servira principalement à refinancer une dette existante.
Polynickel avait auparavant contracté un prêt-relais afin de financer l’acquisition d’une participation majoritaire dans la Compagnie Minière du Bafing. Grâce à cette nouvelle opération, cette dette de court terme sera remplacée par un financement de long terme, offrant davantage de visibilité financière à l’entreprise.
Le financement syndiqué réunit plusieurs institutions financières internationales, parmi lesquelles FirstRand Bank, via Rand Merchant Bank, Absa Bank, Mauritius Commercial Bank et Abu Dhabi Commercial Bank, aux côtés de la BERD.
Selon la banque européenne, cette restructuration financière permettra de renforcer la capacité d’investissement de Polynickel tout en accompagnant l’expansion internationale de sa maison mère, CoreX Holding.
Le nickel, un minerai stratégique pour la transition énergétique
L’intérêt croissant des investisseurs internationaux pour ce projet reflète l’importance prise par le nickel dans l’économie mondiale.
Longtemps utilisé principalement dans la fabrication de l’acier inoxydable, ce métal est aujourd’hui devenu un composant essentiel des batteries destinées aux véhicules électriques ainsi que des systèmes de stockage d’énergie.
Face à l’accélération des politiques de décarbonation, les grandes économies cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minéraux critiques afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des principaux pays producteurs.
Dans ce contexte, les importantes réserves exploitées par la Compagnie Minière du Bafing renforcent progressivement la position de la Côte d’Ivoire sur le marché mondial du nickel.
L’État ivoirien renforce sa présence au capital de la CMB
Le financement de la BERD intervient quelques semaines après une montée en puissance de l’État ivoirien dans le capital de la Compagnie Minière du Bafing.
Le 3 juin 2026, le gouvernement a approuvé l’acquisition de 1 500 actions supplémentaires pour un montant de 3,5 milliards de FCFA.
Cette opération porte la participation directe de l’État de 10 % à 25 %. En ajoutant les 5 % détenus par la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI), la participation publique atteint désormais 30 %, tandis que CoreX Holding, à travers Polynickel, conserve 70 % du capital.
Les autorités entendent ainsi renforcer la présence de l’État dans un secteur considéré comme stratégique pour la transition énergétique mondiale.
La CMB exploite notamment les gisements de Foungbesso et Moyango, situés dans le nord-ouest du pays, parmi les principaux projets africains de nickel latéritique exporté sous forme de Direct Shipping Ore (DSO).
Une filière en pleine évolution
Le nickel occupe une place croissante dans la stratégie de diversification du secteur minier ivoirien.
Selon les données officielles, la Côte d’Ivoire disposerait d’environ 260 millions de tonnes de ressources en nickel latéritique, principalement localisées dans l’ouest du pays.
La production nationale est passée de 379 800 tonnes en 2017 à un record de 2,48 millions de tonnes en 2023.
En 2024, elle a toutefois reculé à 1,48 million de tonnes, soit une baisse de 40,2 %, en raison de la suspension temporaire des activités de la mine de Foungbesso pendant la saison des pluies, combinée à un contexte international marqué par la faiblesse des prix du nickel et l’accumulation des stocks mondiaux.
Les exportations ont suivi la même tendance, passant de 2,02 millions de tonnes en 2023 à 943 539 tonnes en 2024.
Malgré ce ralentissement conjoncturel, les perspectives restent favorables grâce à la demande soutenue de l’industrie de l’acier inoxydable et à la montée en puissance du marché des batteries pour véhicules électriques.
Des exigences environnementales et sociales renforcées
Au-delà du financement, la BERD conditionne son intervention au respect de ses normes environnementales et sociales.
Polynickel devra appliquer les standards de la banque en matière de protection de l’environnement, de santé et sécurité au travail, de gestion des impacts miniers ainsi que de dialogue avec les communautés locales.
L’objectif est de promouvoir une exploitation responsable tout en limitant les effets environnementaux et sociaux liés aux activités minières.
Un accent sur la formation des compétences locales
Le projet prévoit également un important programme de renforcement des capacités.
Des formations techniques seront proposées aux salariés de la Compagnie Minière du Bafing ainsi qu’aux entreprises sous-traitantes dans plusieurs domaines :
- la santé et la sécurité au travail ;
- la gestion environnementale ;
- la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ;
- les métiers de l’ingénierie et de l’exploitation minière.
Selon la BERD, ces actions contribueront à développer les compétences de la main-d’œuvre ivoirienne tout en diffusant les meilleures pratiques internationales dans le secteur extractif.
Une présence grandissante de la BERD en Côte d’Ivoire
Cette opération confirme l’accélération des activités de la BERD en Côte d’Ivoire depuis que le pays est devenu un pays d’opérations de l’institution en 2025.
Depuis cette date, la banque indique avoir mobilisé 116,7 millions d’euros à travers trois projets, avec pour priorités le développement du secteur privé, le financement d’infrastructures durables et le soutien aux investissements générateurs d’emplois.
En accompagnant le développement de la filière nickel, la BERD entend contribuer à la montée en puissance de la Côte d’Ivoire dans le marché des minerais critiques, tout en favorisant une exploitation plus durable et créatrice de valeur pour l’économie nationale.







