CEMAC : la COBAC prépare un nouveau cadre prudentiel pour renforcer la liquidité des établissements de microfinance
La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) poursuit la modernisation de la réglementation applicable aux établissements de microfinance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Réunie le 23 juin 2026 avec les représentants de la profession bancaire et financière, l’autorité de supervision a soumis à consultation un projet de règlement destiné à renforcer les exigences en matière de gestion de la liquidité.
Cette réforme vise à améliorer la résilience des établissements de microfinance, à sécuriser les dépôts des clients et à renforcer la stabilité du secteur financier régional.
Un nouveau cadre pour mieux gérer la liquidité
Les consultations ont principalement porté sur les modalités de calcul du ratio de liquidité, un indicateur prudentiel qui mesure la capacité d’un établissement à faire face à ses engagements financiers à court terme.
Le projet de règlement précise les actifs pouvant être pris en compte dans ce calcul, notamment :
- les disponibilités en caisse ;
- les dépôts auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ;
- les placements immédiatement mobilisables.
En parallèle, les établissements devront intégrer dans leurs calculs l’ensemble des dettes et engagements exigibles à court terme afin d’évaluer avec précision leur niveau de liquidité.
Un suivi quotidien de la trésorerie
La COBAC entend également renforcer les pratiques de gestion de la trésorerie.
Le futur règlement imposera aux établissements de microfinance de mettre en place des dispositifs de suivi quotidien des flux financiers afin de mieux anticiper leurs besoins de financement et de limiter les risques de tensions de trésorerie.
Les discussions ont aussi porté sur le traitement des opérations comptables en attente de régularisation ainsi que sur les modalités d’ouverture de comptes auprès de la BEAC, une évolution susceptible de renforcer la sécurité des opérations financières du secteur.
Des stress tests pour anticiper les crises
L’une des principales innovations du projet de règlement concerne l’introduction de stress tests de liquidité.
Ces exercices de simulation permettront d’évaluer la capacité des établissements à résister à des situations exceptionnelles, comme des retraits massifs de dépôts ou des difficultés d’accès aux financements.
La COBAC souhaite ainsi s’assurer que chaque institution dispose en permanence de ressources suffisantes pour honorer ses engagements envers les déposants, même en période de crise.
Un secteur en progression mais toujours confronté à des défis
Cette réforme intervient alors que le secteur de la microfinance en CEMAC affiche une amélioration de ses performances financières.
En 2024, les établissements de microfinance de la sous-région ont dégagé un bénéfice net cumulé de 22 milliards de FCFA, soit environ 38 millions de dollars.
Le Congo a enregistré le meilleur résultat avec 13,2 milliards de FCFA de bénéfice net, en hausse de 32 %, devant le Cameroun, qui a réalisé 5,24 milliards de FCFA, en progression de 54,5 %.
Le Cameroun demeure également le principal marché de la sous-région avec 384 établissements agréés, soit près de 74 % des 521 établissements de microfinance recensés dans l’ensemble de la CEMAC.
Malgré cette dynamique, le secteur reste confronté à des défis persistants en matière de gouvernance, de contrôle interne et de gestion des risques.
Une réforme qui s’inscrit dans un vaste chantier réglementaire
Le projet sur la gestion de la liquidité prolonge les réformes prudentielles engagées depuis 2015 par la COBAC, qui ont déjà renforcé les exigences relatives au contrôle interne, à la conformité, à l’audit et à la gestion des risques.
Parallèlement, la Commission bancaire consulte actuellement les acteurs du secteur sur huit autres projets de textes réglementaires concernant notamment :
- les services de paiement ;
- le service bancaire minimum garanti ;
- le traitement des impayés de crédit ;
- la supervision des établissements de microfinance de première catégorie ;
- l’encadrement des caisses de dépôts et consignations ;
- la gestion des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.
À travers cette vaste réforme, la COBAC entend associer les professionnels du secteur à l’élaboration des nouvelles règles prudentielles avant leur adoption, avec l’objectif de renforcer durablement la stabilité du système financier de la CEMAC et d’accompagner le développement d’un secteur de la microfinance devenu un acteur majeur du financement des économies de la sous-région.







