CEDEAO : les États renforcent l’harmonisation des statistiques régionales
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) entend renforcer la qualité et la fiabilité des données statistiques utilisées pour orienter ses politiques publiques et approfondir son intégration régionale. Réunis à Dakar du 27 au 31 juillet 2026, les Directeurs généraux des Instituts nationaux de la statistique (INS) des États membres ont adopté plusieurs avancées majeures dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique statistique communautaire.
La rencontre, clôturée le 31 juillet, a notamment permis de valider plusieurs guides méthodologiques régionaux destinés à harmoniser la production des statistiques officielles dans l’espace communautaire.
L’enjeu est stratégique : disposer de données fiables, comparables et disponibles dans les délais pour mieux éclairer les décisions publiques, suivre les performances économiques et renforcer la convergence entre les États membres.
Cinq jours de travaux pour moderniser l’appareil statistique régional
Organisée par la Commission de la CEDEAO, la réunion a rassemblé pendant cinq jours les responsables des Instituts nationaux de la statistique, des experts de la Commission ainsi que des représentants des partenaires techniques et financiers.
Les participants ont évalué les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Programme statistique régional (PSR) 2023-2027, ainsi que des projets PHASAO et PHASAOC, deux initiatives destinées à soutenir la modernisation et l’harmonisation des systèmes statistiques dans la région.
Les discussions ont également porté sur plusieurs documents méthodologiques considérés comme essentiels pour améliorer la qualité, la cohérence et la comparabilité des données produites par les différents États membres.
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Trois guides méthodologiques régionaux validés
À l’issue des travaux, les Directeurs généraux des INS ont validé plusieurs guides appelés à devenir des références communes pour la production des statistiques officielles dans l’espace CEDEAO.
Parmi les documents adoptés figurent notamment :
- le Guide méthodologique de l’Indice de la production industrielle (IPI) ;
- le Guide méthodologique du Répertoire statistique des entreprises (RSE) ;
- le Guide méthodologique des statistiques de la dette publique.
Ces instruments doivent permettre de rapprocher les méthodes utilisées dans les différents pays et, par conséquent, d’améliorer la comparabilité des données à l’échelle régionale.
Les participants ont également examiné le Guide méthodologique du Tableau des opérations financières de l’État (TOFE-CEDEAO) et les guides consacrés aux Comptes nationaux trimestriels (CNT).
Des recommandations ont été formulées afin de permettre leur finalisation et leur mise en œuvre harmonisée dans les États membres.
Des données plus fiables pour piloter les économies
L’harmonisation statistique constitue un enjeu majeur pour une organisation régionale engagée dans un processus d’intégration économique.
Des données produites selon des méthodes différentes peuvent en effet rendre difficiles les comparaisons entre pays et compliquer le suivi des indicateurs économiques régionaux.
À l’inverse, l’adoption de normes communes doit permettre à la CEDEAO de disposer d’une base statistique plus cohérente pour suivre les évolutions économiques, évaluer les politiques publiques et mesurer les progrès réalisés dans la convergence macroéconomique.
Les travaux de Dakar s’inscrivent ainsi dans une démarche visant à renforcer la capacité de la région à prendre des décisions fondées sur des données probantes.
La migration vers le SCN 2008 reste un défi majeur
La modernisation des systèmes statistiques nationaux demeure toutefois confrontée à plusieurs défis.
Les participants ont notamment examiné les difficultés liées à la migration vers le Système de comptabilité nationale 2008 (SCN 2008), une référence internationale pour la production des comptes nationaux.
Le développement des comptes nationaux trimestriels, le renforcement des répertoires statistiques d’entreprises et l’amélioration des systèmes de production statistique figurent également parmi les priorités identifiées.
L’objectif est de disposer d’informations économiques plus fréquentes et plus précises afin de mieux suivre les évolutions conjoncturelles et d’améliorer la réactivité des politiques publiques.
La technologie appelée à transformer la production des statistiques
La réunion a également mis l’accent sur l’intégration des nouvelles technologies et des sources innovantes de données.
L’utilisation accrue des outils numériques pourrait permettre aux systèmes statistiques nationaux d’améliorer la collecte, le traitement et la diffusion des informations.
Cette transformation apparaît d’autant plus importante que les besoins en données augmentent, notamment pour suivre les évolutions économiques, sociales et environnementales.
Pour la CEDEAO, l’enjeu consiste désormais à accompagner les Instituts nationaux de la statistique dans cette transition afin de construire des systèmes plus modernes, plus rapides et davantage capables de répondre aux besoins des décideurs.
« Les données sont aujourd’hui un levier de souveraineté »
Dans son discours de clôture, le Dr Kaliou Sylla, Commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture, représenté par le Directeur par intérim de la Recherche et des Statistiques de la Commission de la CEDEAO, le Professeur N’Zué Félix Fofana, a insisté sur la dimension stratégique des données.
« Les données sont aujourd’hui un levier de souveraineté, de transformation économique et d’intégration régionale », a-t-il souligné.
Cette déclaration traduit l’importance croissante accordée à la maîtrise de l’information statistique dans les stratégies de développement des États.
Pour la CEDEAO, disposer de données fiables ne constitue donc plus seulement une exigence technique. Il s’agit également d’un enjeu de souveraineté et de capacité à définir des politiques publiques adaptées aux réalités de la région.
Des recommandations pour accélérer l’harmonisation
Les Directeurs généraux des Instituts nationaux de la statistique ont formulé plusieurs recommandations à l’endroit des États membres et de la Commission de la CEDEAO.
Celles-ci portent notamment sur :
- l’appropriation progressive des guides méthodologiques désormais validés ;
- le renforcement des capacités des systèmes statistiques nationaux ;
- l’adoption des instruments juridiques nécessaires à l’application des normes régionales ;
- l’accompagnement des États dans leur migration vers le SCN 2008 ;
- le développement de solutions numériques adaptées ;
- le renforcement de la coopération technique entre les pays.
La mise en œuvre effective de ces recommandations constituera une étape déterminante pour transformer les décisions prises à Dakar en résultats concrets.
Les statistiques au service de la Vision 2050
La consolidation du système statistique régional intervient alors que la CEDEAO cherche à renforcer son intégration et à mettre en œuvre les ambitions de sa Vision 2050.
Des statistiques harmonisées et régulièrement actualisées sont indispensables pour mesurer les progrès réalisés, identifier les écarts entre les économies et ajuster les politiques communautaires.
Elles jouent également un rôle central dans le suivi de la convergence macroéconomique et l’évaluation des programmes régionaux.
À travers les décisions prises lors de cette réunion, les États membres entendent ainsi construire progressivement un système statistique régional plus cohérent et plus performant.
Vers une nouvelle culture de la donnée en Afrique de l’Ouest
La clôture de la réunion de Dakar marque une nouvelle étape dans la modernisation de l’appareil statistique de la CEDEAO.
La validation de plusieurs guides méthodologiques communs, combinée au renforcement des capacités nationales et à l’intégration progressive des technologies numériques, devrait contribuer à améliorer la qualité des données disponibles dans la région.
Le défi sera désormais de traduire ces orientations en pratiques nationales effectivement appliquées et régulièrement évaluées.
À terme, l’ambition est de doter l’Afrique de l’Ouest d’un système statistique harmonisé, moderne et performant, capable de fournir aux décideurs des informations fiables pour orienter les politiques économiques, suivre les programmes communautaires et accélérer la convergence entre les États.
Dans une région engagée dans une transformation économique profonde, la maîtrise de la donnée apparaît ainsi comme l’un des fondements de la souveraineté, de la décision publique et de l’intégration régionale.







