Le 31 janvier 2025 marque la date butoir pour le dépôt des candidatures à la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD). Alors que les manœuvres diplomatiques s’intensifient sur le continent, le Cameroun demeure étonnamment silencieux, sans candidat déclaré. Cette inertie suscite des interrogations sur les tensions politiques internes qui semblent miner la stratégie du pays à un moment décisif.
Depuis mai 2015, la BAD est dirigée par le Nigérian Dr Akinwumi Adesina, dont le mandat prend fin en mai 2025. Le successeur sera élu lors de l’Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs, prévue à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Les enjeux de cette élection sont majeurs, d’autant que la BAD, avec son modèle de financement hybride combinant fonds propres et ressources externes, est devenue un pilier du développement en Afrique.
Plusieurs pays ont déjà présenté leurs prétendants à ce poste stratégique. Du côté francophone, Romuald Wadagni, ministre des Finances du Bénin, le Mauritanien Sidi Ould Tah, président de la BADEA, et Amadou Hott, ancien ministre sénégalais de l’Économie, figurent parmi les candidats. Le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, ancien gouverneur de la BEAC, est également en lice. Dans la zone anglophone, Samuel Maimbo, expert zambien et ancien cadre de la Banque mondiale, a également officialisé sa candidature.
Pour le Cameroun, les ambitions personnelles et les tensions politiques semblent avoir pris le dessus sur les intérêts nationaux et régionaux. Une candidature camerounaise aurait pourtant pu renforcer la position de l’Afrique centrale au sein de la BAD, une région qui n’a jamais eu de représentant à la tête de cette institution.
Malgré cette absence historique, l’Afrique centrale affiche des performances économiques encourageantes. Selon les données publiées par la BAD en 2023, la région a enregistré une croissance supérieure à la moyenne africaine, avec un taux de 4,9 % attendu en 2023. Elle reste également la zone la moins déficitaire du continent.
Un retrait tacite du Cameroun serait lourd de conséquences, non seulement pour le pays, mais également pour la sous-région. L’absence d’un candidat pourrait affaiblir l’influence de l’Afrique centrale dans les décisions stratégiques de la BAD, compromettant ainsi les financements pour les projets de développement.
Par ailleurs, cette décision pourrait remodeler la compétition, ouvrant la voie à de nouvelles alliances et stratégies diplomatiques. Le retrait du Cameroun pose également des questions sur les dynamiques de pouvoir internes et les priorités géopolitiques du pays.
L’élection prochaine de la BAD sera déterminante pour l’avenir du continent, avec des enjeux cruciaux tels que la diversification économique, la lutte contre le changement climatique et la réduction de la pauvreté. Face à ces défis, l’absence du Cameroun sur la scène pourrait être perçue comme une occasion manquée.
Alors que l’Afrique centrale dispose de talents compétents et capables de relever les défis de cette institution, le silence du Cameroun laisse planer le doute sur sa capacité à défendre ses intérêts stratégiques dans cette compétition décisive pour l’avenir du continent.










































