Le Cameroun accélère le démantèlement tarifaire de l’APE
Le Cameroun a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Depuis le 4 août 2026, la 11e phase du démantèlement tarifaire prévoit une réduction de 70 % des droits de douane sur les importations des produits du troisième groupe.
Cette mesure, annoncée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, s’inscrit dans un calendrier progressif qui conduira à une exonération totale en 2030.
Véhicules, carburants et ciment concernés
Le troisième groupe regroupe des produits à fort rendement fiscal, parmi lesquels figurent :
- les véhicules utilitaires ;
- les carburants ;
- le ciment ;
- les peintures ;
- les emballages industriels.
Depuis 2020, les droits de douane sur ces produits sont réduits de 10 % chaque année, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’APE.
Les deux premiers groupes sont déjà totalement libéralisés. Les produits du groupe 2 sont exonérés depuis août 2023, tandis que ceux du groupe 1, comprenant notamment les médicaments, les engrais, les ordinateurs et les tracteurs, bénéficient d’une franchise douanière complète depuis 2019.
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Des pertes fiscales moins importantes que prévu
Lors de l’entrée en vigueur de l’APE, les autorités redoutaient une forte érosion des recettes douanières. Dix ans plus tard, le bilan apparaît plus nuancé.
Les pertes cumulées sont officiellement estimées à 103 milliards FCFA, soit un peu plus de 10 milliards FCFA par an en moyenne.
Dans le même temps, les recettes douanières du Cameroun ont continué de progresser, franchissant pour la première fois le seuil des 1 000 milliards FCFA en 2023. Cette évolution s’explique notamment par la diversification des partenaires commerciaux du pays.
La Chine bouleverse l’équilibre commercial
Si l’Union européenne demeure un partenaire économique majeur, la Chine est devenue le principal fournisseur et client bilatéral du Cameroun depuis 2013.
Cette montée en puissance est particulièrement visible dans les importations de machines et d’équipements. Entre 2016 et 2024, la part de marché de la Chine est passée de 23,8 % à 52,5 %, soit un gain de 28,7 points.
Sur la même période, la part de l’Union européenne est passée de 50,1 % à 32,3 %, illustrant le recul progressif des fournisseurs européens sur ce segment stratégique.
Les bénéfices de l’APE restent concentrés
L’évaluation des avantages fiscaux révèle également une forte concentration des gains.
Au 31 décembre 2023, 1 021 entreprises bénéficiaient des préférences tarifaires de l’APE. Toutefois, moins de 5 % d’entre elles ont capté 75 % des avantages fiscaux, selon le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie.
Les grandes entreprises ont concentré 80 % des gains, contre 20 % pour les PME, avec une prédominance des secteurs industriel et commercial parmi les principaux bénéficiaires.
Une ouverture commerciale aux effets contrastés
L’entrée dans la 11e phase confirme la poursuite de l’ouverture progressive du marché camerounais aux produits européens. Si les pertes budgétaires demeurent contenues, les bénéfices apparaissent encore largement captés par les grandes entreprises, tandis que la concurrence asiatique, portée par la Chine, redessine progressivement les équilibres commerciaux du pays.
À quatre ans de la suppression totale des droits de douane sur les produits du troisième groupe, l’enjeu pour Yaoundé sera désormais de transformer cette ouverture commerciale en levier de compétitivité pour son tissu industriel et ses PME.







