Le Cameroun entend renforcer la discipline budgétaire, mieux cibler ses investissements et diversifier ses sources de financement en 2027. C’est l’orientation fixée par le président Paul Biya dans la circulaire n° 001 du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget de l’État. Dans un contexte marqué par les tensions de financement, la contraction de la production pétrolière et la hausse attendue du service de la dette, l’exécutif veut améliorer l’efficacité de la dépense publique tout en soutenant l’activité économique.
L’équation reste toutefois délicate : maintenir les investissements nécessaires au développement, régler les arriérés envers les entreprises et contenir les besoins d’emprunt, alors que les marges de manœuvre budgétaires demeurent limitées.
Dépenses publiques : priorité aux projets déjà engagés
La préparation du budget 2027 met l’accent sur la rationalisation des investissements publics. Face aux contraintes de financement et aux engagements accumulés par certaines administrations, le gouvernement entend éviter le lancement de nouveaux projets lorsque les conditions financières ne permettent pas de les mener à bien.
L’objectif est de concentrer les ressources disponibles sur l’achèvement des infrastructures en cours et d’améliorer leur mise en service. Le dispositif de sélection préalable des investissements, fondé sur le « visa de maturité », est également reconduit.
Sur les 23 projets soumis à cette procédure pour l’exercice 2027, 21 ont reçu un avis favorable du comité national de maturation. Cette sélection vise notamment à vérifier que les conditions nécessaires au fonctionnement des infrastructures sont réunies dès leur réalisation.
Autre priorité : le règlement des restes à payer (RAP) et des arriérés dus aux entreprises locales. Le paiement de ces créances doit permettre de réduire les tensions de trésorerie subies par les fournisseurs de l’État et de soutenir la continuité de leurs activités.
La circulaire fixe par ailleurs un objectif d’au moins 30 % du budget général consacré aux dépenses d’investissement. Son respect pourrait cependant être compliqué par le poids du service de la dette, estimé dans le texte à près de 3 000 milliards de FCFA.
Fiscalité et financements : élargir les ressources de l’État
Pour réduire les tensions de trésorerie et limiter la dépendance aux emprunts de courte durée, le Cameroun prévoit de renforcer la mobilisation des recettes fiscales et de diversifier ses sources de financement.
La stratégie fiscale privilégie notamment l’élargissement de l’assiette plutôt qu’une hausse généralisée des taux. Parmi les leviers mentionnés figurent la généralisation progressive de la taxation en temps réel, le déploiement de la facturation électronique et la limitation des paiements en espèces afin d’améliorer le suivi des opérations économiques, notamment dans le secteur informel.
En parallèle, le recours à de nouveaux emprunts doit permettre de couvrir une partie des besoins de financement de l’État. Selon les données avancées dans le texte initial, les nouveaux emprunts prévus pour 2027 atteindraient 1 850 milliards de FCFA, dont 1 200 milliards à l’extérieur et 650 milliards sur le marché intérieur.
La diversification des financements constitue également un enjeu important. Les partenariats public-privé (PPP), le financement mixte et la mobilisation de l’épargne de la diaspora sont présentés comme des pistes pour compléter les ressources budgétaires. Ces mécanismes pourraient élargir les possibilités de financement, mais leur contribution effective dépendra des projets concernés, des conditions financières et de leur mise en œuvre.
Croissance de 3,6 % en 2027 : le secteur non pétrolier en première ligne
Le cadrage macroéconomique retenu pour le budget 2027 table sur une croissance économique de 3,6 %, après une estimation de 3,5 % pour 2026. L’inflation est projetée à 3,2 %, un niveau légèrement supérieur au seuil communautaire de 3 % applicable dans la CEMAC.
La progression attendue repose principalement sur les activités non pétrolières. La circulaire prévoit de privilégier les biens et services locaux dans la commande publique, afin de soutenir les entreprises nationales et de stimuler les filières agropastorales et manufacturières. Cette orientation s’inscrit dans une logique de valorisation de la production locale et de renforcement des capacités productives.
La mise en service progressive d’infrastructures énergétiques, dont le barrage de Nachtigal cité dans le texte initial, est également présentée comme un facteur susceptible de soutenir l’activité industrielle. L’effet de ces investissements dépendra toutefois de leur contribution effective à l’amélioration de l’approvisionnement en électricité et à la réduction des contraintes pesant sur les entreprises.
À l’inverse, le secteur pétrolier reste confronté à un recul de sa production. Le texte fourni évoque une contraction de 15,4 % de l’activité pétrolière, liée à l’épuisement progressif de certains champs matures. Cette évolution constitue un risque pour les recettes publiques et souligne l’importance de diversifier les moteurs de croissance.
Lire aussi : Cameroun : croissance de 3,5 % en 2025, mais déficit commercial record
Un financement sous contrainte malgré les ambitions de croissance
Le principal défi du budget 2027 réside dans la capacité de l’État à financer ses priorités sans accentuer les tensions sur les finances publiques. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme présenté au Sénat prévoit 5 652,2 milliards de FCFA de recettes publiques et 6 586,2 milliards de FCFA de dépenses budgétaires pour 2027. Le bouclage financier dépend notamment de la mobilisation des appuis budgétaires attendus dans le cadre d’un nouveau programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI).
Cette contrainte impose de concilier plusieurs objectifs : poursuivre les investissements structurants, régler les engagements déjà contractés, financer les services publics et préserver la soutenabilité de la dette.
La Banque africaine de développement (BAD) est présentée dans le texte initial comme anticipant une croissance de 4,1 % en 2027, contre 3,6 % dans le cadrage budgétaire camerounais. Cette différence doit être interprétée comme un écart entre deux projections, fondées potentiellement sur des hypothèses distinctes, et non comme la garantie d’une croissance supérieure aux prévisions officielles.
Le budget 2027 du Cameroun s’articule autour d’une double priorité : améliorer l’efficacité de la dépense publique et élargir les sources de financement de l’économie. La sélection plus rigoureuse des projets, la priorité accordée aux chantiers en cours et le renforcement du recouvrement fiscal doivent contribuer à mieux utiliser les ressources disponibles.
Mais les ambitions d’investissement se heurtent à des contraintes importantes : recul de l’activité pétrolière, poids de la dette et besoins de financement élevés. La concrétisation des objectifs annoncés dépendra donc autant de la mobilisation des ressources que de la capacité de l’État à exécuter les projets retenus et à transformer les dépenses publiques en gains économiques durables.







