Cameroun – FMI : cap sur les infrastructures et la mobilisation des recettes avant un nouveau programme
Le Cameroun et le Fonds monétaire international (FMI) ont franchi une nouvelle étape vers la conclusion d’un programme économique pour la période 2026-2029.
Le 12 février 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a reçu une mission du FMI conduite par Christine Dieterich. Cette rencontre faisait suite à une revue macroéconomique entamée le 2 février, associant également le ministère de l’Économie, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le comité technique de suivi ainsi que des représentants du secteur privé à Douala et Yaoundé.
Les infrastructures, principal frein à la croissance
Les discussions ont convergé vers un constat partagé : les déficits d’infrastructures constituent un goulet d’étranglement majeur pour l’économie camerounaise.
Trois secteurs ont été identifiés comme prioritaires :
- Les routes
- L’énergie
- Les télécommunications
Selon Christine Dieterich, « les besoins en investissement sont considérables afin de libérer l’énorme potentiel du Cameroun ». La mission a insisté sur l’importance d’accélérer la mise en œuvre des projets avec les partenaires techniques et financiers, tout en renforçant la capacité de l’État à obtenir des résultats concrets.
Mobilisation des recettes et soutenabilité de la dette
Autre axe central : la mobilisation accrue des recettes publiques.
Le FMI estime que l’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration du recouvrement sont indispensables pour financer les investissements sans compromettre la stabilité macroéconomique.
Le Cameroun fait face à des contraintes d’endettement, limitant sa marge de manœuvre budgétaire. Dans ce contexte, le financement d’infrastructures « de manière soutenable » est jugé essentiel pour soutenir l’emploi et réduire la pauvreté.
Télécommunications : un potentiel sous-exploité
Parmi les réformes sectorielles évoquées, le secteur des télécommunications occupe une place stratégique.
Christine Dieterich a souligné que les télécoms représentent un puissant moteur de croissance dans de nombreux pays, mais qu’ils demeurent fortement réglementés au Cameroun. Une modernisation du cadre réglementaire pourrait favoriser l’investissement privé, l’innovation et la digitalisation de l’économie.
Un nouveau programme vital pour 2026-2029
Ces échanges s’inscrivent dans la perspective d’un nouveau programme FMI Cameroun 2026-2029.
En octobre 2025, à l’issue d’un conseil de cabinet présidé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, les autorités avaient décidé de soumettre au Président Paul Biya la conclusion d’un nouvel accord.
Le ministre des Finances avait alors souligné que la reconduction du partenariat avec le FMI permettrait de préserver les acquis budgétaires et l’accès à des financements concessionnels, essentiels à l’équilibre des finances publiques.
Un enjeu régional pour la CEMAC
L’enjeu dépasse le cadre national. Lors d’une session ordinaire du conseil des ministres de l’Union économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) tenue le 19 janvier 2026, les autorités ont examiné une note sur les mesures de redressement macroéconomique.
Les réserves de change de la zone ont reculé de 1 335,7 milliards FCFA entre mars et novembre 2025, soit l’équivalent d’environ un mois d’importations de biens et services.
Selon la BEAC, cette érosion s’explique par :
- La faiblesse du rapatriement des recettes d’exportation
- L’alourdissement du service de la dette extérieure
- Le paiement des dividendes
- L’augmentation des importations stratégiques
- La baisse des cours du pétrole
- La dépréciation de l’euro face au dollar
Les financements du FMI représenteraient près de 40 % du stock total des réserves de change de la zone, soulignant leur rôle structurant dans la stabilité régionale.
Stabilité macroéconomique et crédibilité financière
Sans programme actif avec le FMI, les projections indiquent un risque d’érosion supplémentaire des réserves extérieures à l’horizon 2029.
Ainsi, la conclusion d’un nouveau programme ne constitue pas seulement un soutien budgétaire pour le Cameroun, mais un levier de stabilisation pour l’ensemble de la zone CEMAC.
Les prochaines négociations seront déterminantes pour fixer les engagements réciproques en matière de réformes, de gouvernance et de discipline budgétaire.
Le Cameroun joue désormais une partie stratégique : concilier relance des investissements, soutenabilité de la dette et stabilité macroéconomique dans un environnement international encore incertain.







