Dans la loi de finances 2026, le gouvernement camerounais introduit une mesure fiscale incitative visant à encourager l’exploitation forestière durable et à lutter contre les pratiques illégales dans le secteur. À compter du 1er janvier 2026, un abattement compris entre 25 % et 35 % sera appliqué à la redevance forestière annuelle (RFA) due à l’État par les exploitants forestiers.
Selon la circulaire relative à l’exécution du budget, signée le 31 décembre 2025 par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, les entreprises titulaires d’un titre d’exploitation bénéficieront d’une réduction de 25 % sur le montant de la RFA. Cet abattement sera porté à 35 % pour les opérateurs disposant d’une certification de gestion durable des forêts. L’objectif affiché est de « favoriser la gestion durable des ressources forestières » et de dissuader l’exploitation dite « sauvage ».
Une réponse aux pertes économiques et environnementales
La mesure intervient dans un contexte marqué par la persistance de l’exploitation forestière clandestine et par des pratiques non conformes de certains opérateurs pourtant légalement installés. Ces dérives ont des conséquences lourdes, tant sur le plan environnemental que budgétaire.
Dans un rapport publié en 2021, l’Agence nationale d’investigations financières (ANIF) rappelle qu’une correspondance du ministre de l’Administration territoriale, datant de mars 2019, appelait à l’engagement de procédures disciplinaires et pénales contre les acteurs impliqués dans l’exploitation forestière et faunique illégale. Selon l’ANIF, cette activité entraîne un manque à gagner annuel estimé à près de 33 milliards de FCFA pour l’État camerounais.
Plus de 170 milliards FCFA de pertes liées aux sous-déclarations
Toutefois, selon plusieurs organisations de défense de l’environnement, l’exploitation illégale n’est pas la principale source de pertes fiscales du secteur. Les fausses déclarations de volumes de bois produits constitueraient un enjeu encore plus coûteux. En sous-déclarant leurs exportations, certains exploitants réduisent artificiellement leur chiffre d’affaires déclaré et, par conséquent, leurs obligations fiscales.
Dans un rapport conjoint publié en 2020, l’Environmental Investigation Agency (EIA) et le Centre pour l’environnement et le développement (CED) estiment qu’entre 2014 et 2017, ces pratiques ont fait perdre plus de 170 milliards de FCFA au Cameroun, uniquement sur les exportations de bois à destination du Vietnam. Cette estimation repose sur les écarts constatés entre les valeurs déclarées par les exportateurs camerounais et celles enregistrées par les importateurs vietnamiens.
Le commerce du bois avec le Vietnam en question
Le rapport intitulé « Bois volé, temples souillés : les conséquences néfastes du commerce du bois entre le Cameroun et le Vietnam » décrit un commerce jugé faiblement contributif aux recettes publiques, en raison de transactions financières souvent réalisées en dehors des circuits formels.
« Entre 2014 et 2017, les exportateurs camerounais ont déclaré 308 millions de dollars américains de moins que les importateurs vietnamiens », soulignent les auteurs, évoquant des paiements en espèces, des déclarations erronées et des mécanismes assimilables à du blanchiment.
Au-delà des écarts de déclaration, le rapport dénonce d’autres pratiques attribuées à certains exploitants vietnamiens opérant au Cameroun : violation des règles d’exportation, évasion fiscale, exploitation illégale, non-respect des aires protégées et usage abusif de documents administratifs.
Les auteurs relèvent enfin un basculement rapide des flux commerciaux. En quelques années, le Vietnam est devenu le deuxième marché du bois camerounais après la Chine, tandis que le Cameroun s’est imposé comme le premier fournisseur de grumes tropicales du Vietnam, représentant environ 25 % des importations vietnamiennes de grumes entre 2016 et 2019.
Une incitation qui pose la question du contrôle
En réduisant la redevance forestière annuelle, les autorités camerounaises font le pari de l’incitation économique pour promouvoir une exploitation plus responsable. Toutefois, l’efficacité de cette mesure dépendra largement du renforcement des mécanismes de contrôle, de la fiabilité des certifications de gestion durable et de la capacité de l’État à lutter contre les fraudes déclaratives.
L’enjeu est double : préserver un patrimoine forestier stratégique et sécuriser durablement les recettes publiques issues d’un secteur clé de l’économie camerounaise.








































