Secteur des BTP au Togo : l’État et le privé face à l’impératif de performance
Réunis le 12 février 2026 à Lomé dans le cadre du Comité de Concertation État–Secteur Privé (CCESP), les acteurs du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) ont dressé un diagnostic sans concession d’un secteur stratégique pour le développement du Togo.
Objectif affiché : corriger les dysfonctionnements, renforcer la qualité des infrastructures et aligner les résultats sur les ambitions de la Cinquième République.
Un secteur stratégique mais sous tension
Malgré les avancées enregistrées ces dernières années, le secteur des BTP demeure confronté à plusieurs défis :
- Retards d’exécution des projets
- Chantiers inachevés ou abandonnés
- Insuffisances dans la qualité des études techniques
- Faiblesses dans le contrôle des travaux
- Contraintes liées aux procédures de marchés publics
Pendant cinq heures d’échanges, ministres, personnes responsables des marchés publics (PRMP) et professionnels du secteur ont examiné les causes structurelles de ces difficultés.
À l’ouverture des travaux, le ministre de l’Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola, a rappelé les réformes engagées depuis 2015 pour renforcer la transparence dans la commande publique. Il a néanmoins reconnu les insuffisances persistantes, appelant à un diagnostic rigoureux et à une réforme en profondeur des pratiques.
Changer de paradigme dans la commande publique
Parmi les axes prioritaires identifiés :
- Amélioration de la qualité des études en amont
- Renforcement du contrôle des travaux
- Passage du critère du « moins-disant » à celui de l’offre économiquement la plus avantageuse
- Formation accrue des acteurs
- Dialogue renforcé avec les banques pour faciliter le financement des entreprises
Le ministre chargé des Infrastructures, Kodjo Adedze, a insisté sur la responsabilité partagée entre l’État et les entreprises, appelant à une mobilisation collective pour livrer des ouvrages conformes à la vision d’une « République des résultats ».
Des recommandations structurantes
À l’issue des travaux, plusieurs mesures ont été proposées :
- État des lieux exhaustif des marchés en souffrance
- Audit des chantiers abandonnés
- Renforcement des mécanismes de sanctions
- Mise en place d’une commission mixte État–secteur des BTP
Cette commission aura pour mission de traiter les problèmes structurels tels que les conflits d’intérêts, la préférence nationale, les offres sous-évaluées et le renforcement des capacités techniques.
Des investissements massifs sous le signe de la durabilité
Au cours des cinq dernières années, près de 3 000 milliards de FCFA ont été consacrés aux investissements publics, dont une part significative aux infrastructures.
Lors d’un sommet à Luanda en octobre 2025, le Président de la République, Faure Essozimna Gnassingbé, rappelait :
« Construire, c’est bien. Mais construire mieux est essentiel. Nos infrastructures doivent être durables, résilientes et bien entretenues. »
La rencontre du 12 février, qui fait suite au lancement du comité régional du CCESP à Kara en janvier 2026, confirme une volonté politique d’améliorer la gouvernance de la commande publique.
En toile de fond, l’enjeu dépasse le seul secteur des BTP : il s’agit de sécuriser l’investissement public, d’améliorer l’efficacité de la dépense et de renforcer la crédibilité de l’action gouvernementale dans un contexte d’attentes sociales élevées en matière d’infrastructures.







