Un accord tripartite d’envergure se profile entre la CEMAC, les compagnies pétrolières et la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) concernant le rapatriement des fonds destinés à la réhabilitation des sites pétroliers. Ces réserves, actuellement logées dans des banques commerciales européennes, pourraient bientôt être domiciliées à la BEAC. Cette annonce a été faite le 30 avril dernier à Libreville, à l’issue de plusieurs discussions tenues à Paris et Washington.
Le document en négociation compte 28 points, dont 27 ont déjà reçu l’aval des parties. Le seul point d’achoppement reste la demande des compagnies pétrolières de lever l’immunité de la BEAC, condition jugée inacceptable par les ministres des États membres.
Jacqueline Bignoumba Illogue, présidente de l’Union pétrolière gabonaise, a clairement exprimé les préoccupations du secteur. Les compagnies veulent être certaines que les fonds resteront liquides et accessibles à tout moment en cas d’urgence. Elle souligne également que les rendements proposés par la BEAC sont bien inférieurs à ceux actuellement obtenus via les banques commerciales européennes.
Pour les autorités de la CEMAC, cette position fragilise une stratégie régionale visant à renforcer la liquidité des banques locales. Le ministre gabonais du Pétrole, Marcel Abéké, a précisé que les fonds seraient placés dans des comptes séquestres, spécifiquement dédiés à la réhabilitation des sites, et non utilisés à d’autres fins. Selon lui, ce mécanisme permettrait de déclencher leur utilisation uniquement sur autorisation, en cas d’incident ou de dégradation sur un site pétrolier.
Les échanges en cours, désormais organisés par visioconférence, visent à finaliser cet accord stratégique dans les plus brefs délais. Le transfert de ces fonds à la BEAC pourrait marquer une étape importante pour l’architecture financière de la CEMAC, en accroissant la confiance dans ses institutions et en consolidant la stabilité bancaire régionale.
Mais la condition des pétroliers, portant sur l’immunité de la banque centrale, reste un frein de taille. Elle soulève une question de gouvernance et de sécurité juridique, dans un contexte où les opérateurs privés exigent des garanties de contrôle absolu sur leurs capitaux.
Ce différend illustre la tension entre souveraineté économique et confiance des investisseurs privés. Si un consensus venait à être trouvé, la domiciliation de ces fonds à la BEAC pourrait devenir un modèle régional de gestion responsable des ressources pétrolières, avec des effets positifs sur la stabilité macroéconomique de la zone CEMAC.
La conclusion de cet accord serait un tournant historique pour les finances régionales, mais sa réussite dépend de la capacité des parties à trouver un compromis solide entre sécurité financière, rentabilité et intégrité institutionnelle.










































