La Banque africaine de développement (BAD) s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire avec l’arrivée d’un nouveau président. L’analyse des états financiers de 2005 à 2024 met en lumière quatre défis financiers majeurs qui devraient figurer parmi ses priorités. Ces constats tiennent compte des chocs récents, notamment la crise financière mondiale de 2008/2009 et la pandémie de COVID-19 en 2020, qui ont profondément marqué les opérations de la Banque.
1. Un écart préoccupant entre bénéfices et trésorerie
Entre 2015 et 2024, la BAD a déclaré 1,2 milliard d’unités de compte (UC), alors qu’une part croissante de ces revenus provenait de prêts comptabilisés mais non encore encaissés. Les créances de prêts en attente sont passées de 197 millions d’UC en 2015 à 756 millions d’UC en 2024, soit une multiplication par 3,8. Cette évolution souligne la nécessité d’un audit indépendant du portefeuille de prêts et des provisions afin de s’assurer que les bénéfices affichés reflètent bien la réalité financière.
2. Des coûts administratifs en forte hausse
Les dépenses administratives ont fortement progressé, représentant en moyenne 51 % du résultat d’exploitation entre 2015 et 2024, contre 27 % lors de la décennie précédente. Dans le même temps, les allocations de revenus approuvées pour des projets stratégiques n’ont atteint que 788 millions d’UC, soit 56 % du volume de la décennie précédente.
La comparaison avec les flux de trésorerie d’exploitation (CFO) est parlante : 597 millions d’UC sur la période 2015-2024, contre 1,4 milliard entre 2005 et 2014. Même après ajustement des opérations exceptionnelles, le CFO ajusté reste inférieur à celui de la décennie précédente.
3. Une utilisation du capital moins efficace
Le capital moyen de la BAD a progressé de 71 %, passant de 4,9 milliards d’UC à 8,4 milliards entre les deux périodes. Pourtant, les ressources nettes transférées aux pays (décaissements nets) n’ont augmenté que de 59 %. Résultat : le rendement du capital transféré a reculé de 1,55 à 1,44 UC, illustrant une efficacité en baisse malgré une capacité financière accrue.
4. Une exposition croissante aux risques de marché
En 2024, la Banque a supporté un coût d’emprunt de 5,30 % (swaps inclus), alors que ses investissements ne rapportaient en moyenne que 5,10 %. Cette situation a entraîné une perte nette de 52,8 millions d’UC, contre un gain l’année précédente.
Les swaps exposent la Banque à des taux variables plus élevés que les taux fixes qu’elle perçoit, générant un déséquilibre estimé à 1,2 milliard d’UC, soit 10 % de ses fonds propres. Dans un contexte de hausse attendue des taux mondiaux, ce risque pourrait encore s’amplifier.
Quatre recommandations pour le nouveau président
Pour renforcer la solidité de la BAD, quatre actions prioritaires sont proposées :
Évaluation indépendante : confier à un cabinet externe l’analyse des prêts, provisions et stratégies de gestion des risques.
Révision stratégique : repenser les priorités de la Banque en fonction des réalités actuelles et des avantages comparatifs.
Gestion par objectifs (OKR) : adopter un cadre de suivi rigoureux pour aligner les équipes sur des résultats mesurables.
Technologie et transparence : utiliser la blockchain pour assurer un suivi en temps réel des projets et renforcer la confiance des parties prenantes.
La BAD reste une institution solide, mais son efficacité opérationnelle et sa gestion des risques financiers doivent être améliorées. En intégrant ces quatre priorités financières dès le début du mandat, le nouveau président aura l’opportunité de renforcer la crédibilité et l’impact de la Banque, tout en la positionnant comme un modèle de transparence et d’efficacité pour l’Afrique et au-delà.







